"C'EST MON DIEU QUI EST MA FORCE" Messe au Sacré-Coeur d'Angoulême pour la journée mondiale des migrants, le dimanche 16 janvier 2011
Mgr Claude Dagens
évêque d'Angoulême,
membre de l'Académie Française
C’est une joie et une fierté de nous reconnaître ici, ce matin, comme l’Église de
Dieu, parce que, comme l’écrit l’apôtre Paul aux chrétiens de Corinthe, « nous avons été sanctifiés dans le Christ Jésus »,
par le baptême, parce que nous sommes ses fidèles et ses amis, et que nous formons le peuple saint,
« avec tous ceux qui, en tout lieu, invoquent le nom de notre Seigneur Jésus Christ, leur Seigneur et le
nôtre. »
En tout lieu : car en ce moment même, ou à quelques heures de distance, c’est la
même
Eucharistie qui est célébrée à Brazzaville, à Kinshasa, à Bukavu, à Butare, à Kigali, et aussi à Koudougou,
à Cotonou, à Abidjan, à Conakry, à Niamey et ailleurs dans le monde.
C’est le même nom de Dieu, c’est le même engagement et le même sacrifice de Jésus
Christ,
c’est la même action de l’Esprit Saint qui nous relient les uns aux autres dans cette société très originale
qu’est l’Église de Dieu.
Très originale, parce que, pour y entrer, il n’y a pas besoin de passer par des
contrôles préalables.
Il y a une seule condition, et elle est fondamentale : nous sommes là parce que nous répondons librement
à un appel de Dieu, parce que nous le reconnaissons comme notre Père à tous, quelle que soit notre origine, et que nous nous laissons adopter par
Lui.
Alors quelque chose change et doit changer dans nos façons de nous regarder et de
nous accueillir
les uns les autres : nous n’oublions absolument pas notre étonnante diversité, d’autant plus que nous appartenons sans doute à au moins sept ou huit nations différentes, mais nous reconnaissons que ces différences ne sont pas du tout des obstacles ou des barrières, mais des signes de la multiplicité des
dons de Dieu.
Et c’est cela la nouveauté de l’Église : non pas celle d’une organisation
compliquée qui obligerait
à des sélections et à des discriminations, mais celle d’un Corps vivant à l’intérieur duquel nous apprenons à être solidaires les uns des
autres.
Ce signe-là, ce signe de la fraternité chrétienne, ne nous demande pas du tout de
nous mettre
à l’écart des autres. Nous ne sommes pas un club. Au contraire, nous sommes envoyés dans le monde
et livrés au monde pour y rendre témoignage à l’engagement de Dieu qui, Lui, dépasse toujours toutes nos séparations et nos
cloisonnements.
Livrés au monde : ce n’est pas une expression facile. C’est notre vérité
profonde, parfois visible
et souvent cachée. Et tant mieux si nous pouvons dire, comme le prophète Isaïe qui avait connu l’épreuve
de la captivité et de l’exil : « Oui, j’ai du prix aux yeux du Seigneur, c’est mon Dieu qui est ma force. »
« C’est mon Dieu qui est ma force », au milieu de toutes les violences du monde.
Et cette expérience-là, nous la faisons parfois et elle a la forme d’un combat, surtout lorsqu’il faut résister à des menaces, surmonter des peurs, affronter des ennemis, et ne pas succomber à la
haine ou au désir de vengeance.
Certains d’entre vous, d’entre nous, ont pu vérifier cette Alliance de Dieu avec
nous, aux heures d’épreuves, et aussi cette victoire en nous du Christ Jésus et de sa force de résurrection et de réconciliation.
Comme nous le disait hier soir le frère Alain RICHARD, quelle joie
lorsqu’on parvient à se désarmer soi-même et à respecter ceux que nous avons à affronter, à les respecter et même à prier pour eux, parce qu’eux aussi attendent peut-être d’échapper à l’engrenage
de la violence et de la peur.
Seigneur, nous te rendons grâces de t’engager avec nous, là même où
notre humanité est blessée, et de nous promettre ce « baptême dans l’Esprit Saint », dont la source est dans ta Pâque, puisque tu viens, à mains fortes et à bras étendus, nous arracher à toute
captivité, à toute peur et
nous apprendre à nous accueillir, à nous respecter, à nous aimer les uns les autres, à travers le combat de la fraternité, à travers la prière, et dans le silence…