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Histoire du Baptême
"On ne naît pas chrétien, on le devient"
"On ne naît
pas chrétien, on le devient"
affirmait Tertullien, célèbre Père de l'Eglise (Apologie du Christianisme, chapitre 18).
Premier sacrement de l'initiation chrétienne, le baptême est un moment essentiel
dans la vie de tout chrétien, grand ou petit.
Voici son histoire, des conseils pratiques pour le préparer, des textes pour mieux le comprendre.
Un mystère, trois sacrements
La vie chrétienne dure... toute une vie. On la rêve cohérente avec ses valeurs
ou ses principes. L'Evangile nous dit qu'elle est, en réalité, le théâtre de toutes
les conversions. Tertullien évoquait les signes et rites qui font des baptisés les membres
d'un même corps. Le baptême en est un, mais il n'est pas le seul. On parle en effet
des trois sacrements de " l'initiation chrétienne ". Aussi, évoquer l'histoire du baptême
est impossible sans parler également de la Confirmation et de l'Eucharistie
(ou " communion "). Pourquoi ? Parce que parler d'initiation indique que l'initiative
vient d'ailleurs que de nous-mêmes. On est toujours initié par un autre.
Nous sommes initiés par Dieu, en quelque sorte. A quoi ?
A une vie nouvelle centrée sur la résurrection du Christ, sur Pâques.
On ne devient pas chrétien par le seul baptême, mais par l'entrée dans le Mystère pascal
où Jésus ressuscité a donné sa vie, son Esprit, son Eucharistie.
Au commencement
Dès les origines, saint Paul le dit dans ses lettres, tous les fidèles sont baptisés, à commencer par lui. Les premiers chrétiens ont conscience d'obéir à une consigne du Christ lui-même : "
Allez donc, de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit " (ce sont les derniers mots de l'Evangile de Matthieu). Et, depuis le début,
c'est l'eau qui est l'élément central de ce nouveau rite. Certes, on baptisait déjà au temps de Jésus. Et les rites d'eaux sacrées - bains ou étuves - étaient fréquents. Mais il existe une
spécificité chrétienne : on ne se baigne pas, on est baigné par un autre. Et on l'est au nom du Christ.
IIe-XIIe siècles : Vers le baptême des enfants
Puisque le baptême faisait entrer dans une vie nouvelle lavée de tout péché... on attendait bien souvent la fin de sa vie pour le demander ! Le plus célèbre exemple est celui de l'empereur romain
Constantin. Mais, hors ces baptêmes in extremis, on demandait à être admis à la préparation au baptême.
Cette préparation, le catéchuménat, se met en place à la fin du IVe siècle. Un fidèle chevronné se porte garant pour vous devant la communauté, et devient votre guide. On l'appelle du nom de
sponsor, celui qui vous pousse ; ou encore du nom de père pneumatique ou spirituel (de pneuma, souffle en grec). Il est l'ancêtre du parrain. Baptisé, presque toujours lors de la nuit de
Pâques, le fidèle est né de l'eau et de l'Esprit : il reçoit la grâce de l'Esprit Saint. Cela est traduit par des gestes qui complètent le bain d'eau : onction d'huile ou imposition des mains.
C'est en Gaule, au Ve siècle, qu'apparaît le terme de " confirmation" pour le don de l'Esprit célébré dans la foulée du baptême. Avec la christianisation, la proportion des adultes et des enfants
s'inverse progressivement. Le baptême reste collectif. La communion conclut la célébration. On continue à célébrer la confirmation si l'évêque est là.
XIIe siècle : Pour protéger la vie des enfants
A partir du XIIe siècle, on baptise les bébés.
Pourquoi ? La mortalité infantile était effrayante depuis longtemps. Or la maladie n'en est plus la seule cause : pauvreté, famines, guerres : des parents en viennent à supprimer leurs
nouveau-nés. Les évêques s'émeuvent. Les synodes réagissent et prescrivent le baptême. La conscience morale collective évolue. En parallèle la théologie aussi, et l'on veut faire bénéficier ces
enfants qu'on entend protéger, de la grâce du sacrement dès que possible (quam primum). Les prêtres doivent dès lors enseigner à tout chrétien comment baptiser en urgence. On développe
pour la même raison le baptême par effusion contre le baptême par immersion. Autrement dit, on ne baigne plus, on verse de l'eau sur le front.
XIIIe-XXe : Variations sur " l'âge de raison "
La question se développe : à quel âge comprend-on bien ce qui se passe lors d'une célébration ? La réponse sera variable et dissociera les trois sacrements de l'initiation, jusqu'alors célébrés
comme un tout, trois facettes d'un même mystère pascal. Au XIIe siècle, on retarde la communion à l'âge de " discrétion " - on dira plus tard de " raison " -, tout en faisant osciller celui-ci de
7 à 11 ans selon les lieux. Au XVIe siècle, on retarde la confirmation au même âge tout en la réservant toujours à l'évêque. Au XVIIe siècle, on veut faire coïncider réception des sacrements et
années de catéchisme. Ce dernier s'est beaucoup développé car la Réforme protestante a poussé les catholiques à affiner leur enseignement. Ce premier caté commence à 7 ans et se termine vers
11-12 ans. En France, on va lier la communion avec la Profession de foi. Saint Vincent de Paul en est le grand promoteur. Au XVIIIe siècle, développement de la " raison " aidant, on fait passer
la confirmation après la communion : " Afin d'être assuré que les enfants présentés seront suffisamment instruits.
" Dernière étape significative, le XIXe siècle
En 1910, le Pape ravive la communion pour les petits car l'Eucharistie ne sanctionne pas le terme d'une formation mais témoigne d'une capacité à la responsabilité personnelle. La question n'est
pas de " savoir ", mais de se préparer à recevoir un sacrement, à son niveau, mais avec fruit. C'est toujours l'âge de raison qui fait loi. Il est fixé par le droit canonique à 7 ans. On fait
désormais à cet âge sa " première communion ". La profession de foi, elle, restant le reliquat typiquement français d'une pastorale locale car elle n'existe pas ailleurs.
Benoît Vandeputte (Panorama)
Le baptême
et les autres confessions chrétiennes
Chez les orthodoxes :
Depuis le IIIème siècle dans toute l'Eglise orthodoxe, le baptême se donne par immersion aux petits enfants. Dès leur 40ème jour ! L'enfant nu est immergé dans l'eau ou arrosé totalement au cours d'une cérémonie privée. Ce sacrement est tout de suite suivie de deux autres. D'abord la confirmation, par l'onction de Saint-Chrême, ensuite la première communion sous les deux espèces, avec des miettes de pain trempées dans le vin. Les orthodoxes font ainsi entrer le tout jeune enfant dans la "plénitude de la foi". Quand un catholique veut devenir orthodoxe, il n'est pas rebaptisé mais reçoit la confirmation, même s'il l'a déjà reçu auparavant.
Chez les protestants :
Les luthériens et les réformés ne remettent pas en cause le baptême catholique. Ils ont toujours reconnu un seul baptême qui est le "oui que Dieu dit à son peuple" . Mais les enfants sont
baptisés plus tard que dans l'Eglise catholique. La cérémonie de baptême a toujours lieu au cours du culte dominical, devant toute l'assemblée. L'enfant est baptisé au dessus d'une grande bassine
au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Le parrain et la marraine prennent l'engagement de l'élever dans la foi chrétienne. Puis, la communauté prie pour lui.
Les baptistes et les pentecôtistes:
Ils ne reconnaissent que le baptême des adultes. Pour eux, un baptême n'est valide que si celui qui le reçoit est converti. Certains n'hésitent donc pas à rebaptiser à l'âge adulte des personnes
déjà baptisées enfant dans l'Eglise catholique ou dans l'Eglise protestante.
Œcuménisme aujourd'hui
Le baptême au cœur de
l'œcuménisme
En mars 2002, à l'initiative de l'Institut supérieur d'études œcuméniques (Iseo) de Paris, orthodoxes, catholiques et protestants ont réfléchi,
lors d'un colloque, au baptême et aux responsabilités des baptisés.
En trente ans, l'œcuménisme avance à grands pas sur la question du baptême. "Pratiquement toutes les Eglises chrétiennes
reconnaissent la valeur et la validité du baptême des autres Eglises", assure le P. Hervé Legrand, directeur de l'Institut supérieur d'études œcuméniques de Paris (Iseo), qui reconnaît cependant
qu'"il y a un point faible : nous ne sommes pas allés assez loin dans notre réflexion théologique et pastorale sur la signification ecclésiologique du baptême. Nous devons essayer de remédier à
cette déficience et ensemble nous interroger sur la place des baptisés dans l'Eglise, dans chacune de nos Eglises." En mai 2001, la décision du synode de l'Eglise réformée de France, à Soissons,
d'accueillir à la sainte Cène des enfants ou des adultes non baptisés, avait provoqué de vives réactions dans les autres Eglises. Mgr Saint Macary, archevêque de Rennes et président de la
Commission épiscopale pour l'unité des chrétiens, avait alors exprimé son profond désaccord dans une déclaration publiée le 25 juillet.
Pour cette session œcuménique sur le baptême, il était donc légitime de donner d'abord la parole à l'Eglise réformée de France. Le pasteur Hubert Bost, professeur de théologie à Montpellier et
rapporteur au synode de Soissons, a précisé le contexte et la réflexion qui ont amené son Eglise à "considérer comme possible une approche de la foi qui conduirait un(e) enfant ou
un(e) adulte à communier avant d'être baptisé(e)". "Cette décision, a-t-il insisté, s'inscrit dans un processus synodal très large où ont été pris en compte les aspects
anthropologiques et théologiques du baptême. En contexte réformé, elle participe d'une démarche de revalorisation des sacrements comme 'paroles visibles'."
Il revenait ensuite aux autres Eglises protestantes de faire part de leurs réactions et de témoigner de leurs pratiques. La luthérienne Elizabeth Parmentier, professeur de théologie à Strasbourg
et présidente de la Concorde de Leuenberg, a brièvement rappelé les positions et les points d'accord de ces 103 Eglises protestantes qui, par cette concorde, se reconnaissent "en pleine
communion de chaire et d'autel".
Les sacrements - ou mieux les signes - sont des dons de Dieu qui se donnent à tous.
L'Eglise est communion de baptisés, mais elle n'est pas elle-même source de salut.
Dès les premiers siècles, l'Eglise s'est posé la question de la valeur du baptême des autres. Ainsi à propos des hérétiques ou des schismatiques souhaitant réintégrer la véritable Eglise :
fallait-il ou non les rebaptiser ? Deux courants se sont alors exprimés. Saint Cyprien, évêque de Carthage, plaidait pour le re-baptême, car "il n'y a pas de baptême là ou l'Esprit n'est
pas". Et saint Augustin, s'appuyant sur une théologie du Christ médiateur, admettait la validité du baptême administré par des schismatiques ou des hérétiques : le baptême, disait l'évêque
d'Hippone, est vrai, mais il s'agit d'un fruit sec.
La tradition de l'Eglise a hérité de ces deux courants. Insistant plus sur l'un ou sur l'autre, comme l'a montré Michel Stavrou, professeur à l'Institut Saint-Serge de Paris, en étudiant
l'attitude de l'Eglise orthodoxe à l'égard des chrétiens dissidents. Au cours des siècles, elle a, en fait, développé trois types d'accueil en fonction de la gravité de la dissidence et de la
qualité des relations avec les autres Eglises : le re-baptême, l'onction de saint chrême, ou l'abjuration suivie d'une profession de foi.
Même s'il y a encore quelques doutes sur la reconnaissance mutuelle du baptême, la plupart des Eglises mettent ce sacrement au cœur de l'existence chrétienne. Le baptême crée l'identité du
fidèle. Il le constitue comme membre d'une Eglise, avec des droits et des devoirs.
Côté catholique, Mgr Patrick Valdrini, recteur de l'Institut catholique de Paris, a montré avec minutie que le Code de droit canonique affirme l'égale dignité de tous les baptisés. Tous ont de
droit des responsabilités à assumer dans l'Eglise. Mais, interrogeait le P. Hervé Legrand, directeur de l'Iseo, quels moyens institutionnels l'Eglise catholique s'est-elle donnés pour mettre
effectivement en œuvre ces responsabilités des fidèles ?
Les pratiques des autres Eglises sont, de ce point de vue, éclairantes, comme l'a bien illustré le pasteur Jean-Marc
Viollet, président du comité mixte catholique-protestant en France, en présentant "la responsabilité ecclésiale des baptisés dans la synodalité réformée". Dans l'Eglise catholique, estime le P.
Legrand, les responsabilités des baptisés ne sont pas suffisamment honorées. Pourtant, il s'agit là d'un enjeu théologique et œcuménique d'importance.
La Croix du 06/03/2002
Bernard Jouanno
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