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	© Vadim Ghirda/AP/SIPA 
© Vadim Ghirda/AP/SIPA 

 

En France comme dans seize autres pays dans le monde, l'affaire des œufs contaminés enfle depuis début août. Un scandale de plus dans un secteur marqué par une forte défiance de la part des consommateurs. Mais la peur alimentaire ne va-t-elle pas trop loin ?

1981, l'affaire de l'huile de colza frelatée suscite la première grosse crise de confiance du système agroalimentaire mondial. Elle fait alors plus d'un millier de morts en Espagne. Depuis cette date, les scandales à la vache folle (27 victimes en France), aux graines germées tueuses ou à la viande de cheval dans les lasagnes semblent s'enchaîner les uns après les autres. Tous n'ont pas forcément la même origine ni le même impact sur la santé. Pourtant, ils ont en commun d'attiser les psychoses des consommateurs et de marquer les mémoires collectives. 

Aujourd'hui, c'est la contamination des œufs au pesticide « fipronil » qui questionne sur la sûreté du modèle agroalimentaire européen. Une nouvelle affaire qui n'est pas pour rassurer les 79% de Français qui jugent la nourriture parfois nuisible à leur santé, selon une étude de Kantar TNS réalisée en 2016.

L'alimentaire, c'est ce qu'il y a de plus angoissant comme consommation.
– Patricia Gurviez professeur à l'Agro Paris Tech

Mais cette peur exacerbée par les crises alimentaires n'est-elle pas disproportionnée ? De fait, l'Europe pourrait sembler une véritable forteresse sanitaire alimentaire. On recense pas moins de 20.000 contrôles réalisés chaque année à Roissy, principal point d’inspection aux frontières (PIF). De même, il est possible depuis le 3 avril dernier, de consulter via une application « alim'confiance », les résultats des contrôles sanitaires effectués par les services de l'État dans les restaurants, les abattoirs, les supermarchés ou les cantines. Aujourd'hui, le risque alimentaire a pris place à la fois dans les agendas politiques et médiatiques à tel point qu'une agence nationale spécialisée, l'Anses, tente de gérer et de communiquer sur le risque. 

La fin programmée des œufs de poules en cage

Si de telles dispositions sont mises en place pour répondre aux peurs collectives, c'est que le risque alimentaire n'est pas un risque comme les autres et relève d'un encadrement éthique spécifique. « L'alimentaire, c'est ce qu'il y a de plus angoissant comme consommation, car c'est ce que l'on met en nous », explique Patricia Gurviez, professeur à l'Agro Paris Tech, spécialiste du comportement alimentaire du consommateur. Mais objectivement, et ce malgré la récurrence et la médiatisation des scandales, les dangers liés aux aliments sont largement amoindris depuis le début du siècle. Pour autant, ni les fabricants, ni les instances de contrôle ne peuvent expérimenter scientifiquement les conséquences de toutes les nouveautés. Ainsi, face au nombre illimité d'aliments proposés, souvent issus de flux mondialisés, le consommateur peut sembler davantage méfiant. « À partir du moment où le risque que l'on perçoit est extérieur à nous, que l'on en a aucune maîtrise, on le ressent beaucoup plus grand. Quand j'allume une cigarette, je sais qu'il y a un risque mais c'est moi qui le prend. Alors que là, c'est autrui qui prend ce risque pour moi et ça c'est intolérable » analyse Patricia Gurviez. 

Y a-t-il suffisamment de contrôles ? 

La transparence sur les composants de certains produits issus de la chaîne alimentaire doit donc être absolue. Pourtant, d'après Gilles-Éric Seralini, celle-ci laisse souvent à désirer. Pour ce professeur de biologie moléculaire à l'université de Caen, la toxicité des pesticides à long terme n'est pas prise en compte de manière satisfaisante. En effet, le produit tel qu'il est vendu n'est pas évalué avec ses co-formulants (additifs présents dans des compositions chimiques comme le fipronil et le Glyphosat et souvent plus dangereux que la matière active elle-même) Or, aujourd'hui, seules les substances actives sont révélées dans ces mélanges commerciaux. 

Il apparaît donc problématique que ces informations en rapport avec la santé des consommateurs soient classées confidentielles par le secteur industriel qui en a la seule mainmise. « Minimiser les risques et ne parler que de ceux à court terme est une malhonnêteté du secteur industriel », dénonce le chercheur. Comme lui, Patricia Gurvez affirme la nécessité de revenir à un modèle de consommation plus raisonné, sans tomber toutefois dans l'obsession du contrôle permanent : «  C'est un peu comme le dopage, on fait de plus en plus de contrôles mais il y a toujours autant de fraudes, malheureusement. On ne s'en sort pas avec le contrôle et l'injonction perpétuelle. »

La proximité pour minimiser les risques

Le consommateur responsable reste encore le plus apte à assurer lui-même sa sécurité en choisissant de manger des produits dont il connaît l'origine plutôt, par exemple, que des plats tout préparés. La proximité et la certification par un tiers peuvent être des solutions envisagées pour rétablir la confiance de l'acheteur dans les produits qui lui sont proposés. « On sort progressivement du modèle du ''qui est le moins cher'' pour finalement sélectionner des produits de qualité, qui proviennent d'exploitations à taille humaine » indique Patricia Gurviez. 62% de Français se tournent aujourd'hui vers des aliments fabriqués dans leur région. Un choix qui n'est certainement pas sans lien avec les scandales alimentaires. Un mal pour un bien ? 

Dossier : la santé dans mon assiette