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"Lettre de vacances à mon Seigneur "   Prières qui n’en ont pas l’air (Editions de l’atelier, 2005),

Ô toi, qui n'as ni serrure, ni code, ni répondeur,

toi qui n'uses d'aucune publicité pour tenter de me séduire,

toi, le visiteur silencieux qu'aucune de mes défenses ne décourage...

As-tu lu le mot que j'avais laissé sous ma porte ?

Je l'avais mis exprès pour que tu le trouves à ta prochaine visite,

pendant que je serai en vacances.

 

Je sais, le papier est un peu froissé, c'est à cause de mes pleurs.

Larmes de mes refus, de mes révoltes

et amertume de toutes mes questions sans réponses.

Ton absence, ton silence sont insupportables dans le chaos de ce monde.

T'en rends-tu compte ?

 

J'ai parcouru - par la fenêtre de ma télévision -

les camps désolés et les carcasses de nos guerres.

J'ai vu l'exode de la misère cheminer sur les routes d'Afrique et d'ailleurs.

J'ai vu le regard de ces enfants décharnés, sans avenir ni sourire.

 

J'ai vu la haine brûler les voitures de nos cités,

et tout près de moi les regards absents de ces "alzheimer".

Où es-tu Seigneur, Que fais-tu ?

Peux-tu supporter cela que je ne puis moi-même regarder ?

Ou alors... ces yeux qui crient misère seraient-ils les tiens ?

 

Pour ne pas t'accabler,

je t'envoie aussi une carte en couleurs de mes vacances.

Nous l'avons signée avec toute la famille et les copains.

Elle te dira que ton ciel de joie, ton soleil de fête

et l'eau de tes cascades ont fait notre bonheur.

Comme toi, au septième jour, nous nous sommes assis

au sommet d'un col, pour contempler ton oeuvre.

 

Nous trouvions que ce n'était pas mal, mais pour être honnêtes....

nous avons hésité à dire - comme toi - que c'était tout bon.

 

La plus jeune a dit qu'à partir du huitième jour,

c'était peut-être nous qui avions commencé à mettre la pagaille.

Tout le monde est resté silencieux...

et un diable d'oiseau est passé, sifflant d'un air complice.

 

Mais, pour finir, oserai-je te l'avouer, après avoir vidé mon sac,

ce mot griffonné sur une feuille déchirée

du cahier de ma vie et qui attendait sous ma porte,

c'est aussi une lettre d'amour !

 

Une réponse bien tardive, à tous tes messages d'amour

qui dorment soigneusement dans les pages de ma Bible.

Une réponse à tous ces appels que ton Fils a signés de son sang,

et auxquels je n'ai jamais vraiment pris la peine de répondre.

 

J'aimerais que ceci reste entre toi et moi, Seigneur, tu comprends...

Quand je découvre que tu pleures les larmes de nos révoltes,

et que tu souris à nos émerveillements, 

et que, du jardin de ton Royaume,

tu viens chanter sous nos fenêtres la complainte infatigable de ton amour...

Que veux-du, ta musique écorne mon silence.

 

Attendrait-elle la fin de mon silence ?

C'est à voir !

Je verrai, à mon retour.

Je t'appellerai, c'est promis.

À bientôt !

Michel Wagner, l’Evangile à travers les frontières

Le pasteur Michel Wagner s’est éteint lundi 8 mai 2017, à l’âge de 89 ans.Pasteur de l'Église réformée de France depuis 1952, à Grenoble et Aix-en-Provence notamment, son ministère fut surtout marqué par les dimensions internationale et œcuménique, et auprès des jeunes. Dans les années 1950, il fut engagé au sein de l’Alliance des équipes unionistes, puis au département jeunesse du Conseil œcuménique des Eglises. Ses engagements s’infléchirent ensuite vers le monde des migrations. Secrétaire général de La Cimade à partir de 1967, il devint haut fonctionnaire à la Caisse centrale de coopération économique, chargé de la formation des travailleurs migrants, puis chargé de mission à la Direction des affaires politiques du Ministère des affaires étrangères.

 

Il poursuivit en parallèle un ministère pastoral au sein de l’Eglise réformée de Versailles et Yvelines-Sud. Il fut membre de la Commission sociale, économique et internationale de la Fédération protestante de France, du Haut conseil de la coopération internationale et de la Commission nationale consultative des droits de l’Homme.

Tag(s) : #Méditation