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Au Congrès ecclésial annuel du diocèse de Rome, le Saint-Père invite éducateurs et parents à réfléchir sur la période de l’adolescence.

Ne pas faire des enfants des « analphabètes » dans le domaine des émotions, mais développer un principe éducatif qui favorise leur imagination et stimule la solidarité. Ceci est la nouvelle recommandation du pape François aux éducateurs, et en premier lieu aux parents, dans son discours d’ouverture au Congrès ecclésial annuel du diocèse de Rome, à la basilique Saint-Jean-de-Latran, ce lundi 19 juin. Dans une société en forte mutation, aujourd’hui beaucoup plus occupée à fournir aux adolescents une formation « purement intellectuelle » qu’à leur apprendre à « affronter avec audace et courage les temps futurs », le Saint-Père est revenu sur un principe éducatif cher à son cœur : « intégrer ensemble l’intellect (la tête), les émotions (le cœur) et l’action (la main) ». Dans ce processus, le Saint-Père plaide pour un retour à « l’austérité » face à un climat de surconsommation qui pousse à faire croire qu’une personne vaut « selon ce qu’elle est capable de produire et de consommer », et à faire de ces jeunes d’ « éternels adolescents » qui ne pensent qu’à « dissimuler le temps qui passe comme si grandir, vieillir, était un mal ».

Le congrès avait pour thème : « Ne les laissons pas seuls ! Accompagner les parents dans l’éducation de leurs enfants adolescents ». Juste avant, l’évêque de Rome a rencontré une trentaine de jeunes réfugiés, hébergés par les paroisses et instituts religieux de Rome. Moment qu’il a souhaité, tout particulièrement, et demandé qu’on lui organise, à la veille de la Journée mondiale du réfugié.

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Réfléchir concrètement

En ouverture du congrès diocésain, le Saint-Père a d’emblée invité les participants à affronter les travaux de cette assemblée comme une sorte de « phase d’échauffement » avant une épreuve sportive. Phase toute aussi importante, a-t-il souligné, que l’épreuve en soi, où les joueurs — dans ce cas éducateurs et parents — devront jouer leur va-tout « sur le terrain ». Face à une société « déracinée », « liquide », uniformisée et abstraite, il est proposé aux éducateurs un travail de réflexion, non pas « nominaliste », sur « les problèmes, les situations, les adolescents en général… », mais « concret » et « réaliste  » sur la vie des familles et l’éducation des adolescents, dans le contexte d’une grande ville comme Rome, « avec toute sa richesse, ses opportunités, sa diversité » mais également « toutes ses difficultés » comme : les distances entre domicile et lieu de travail ; le déracinement ; l’isolement des personnes âgées ; la vie chère ; la perte des relations intergénérationnelles.

Reconnecter aux origines

Le travail de l’éducateur, des parents, est devenu « complexe », reconnaît le Pape. Les adolescents sont « médicalisés » par leurs parents comme si cette phase de leur vie était « une pathologie », alors que cette phase « fait partie de la croissance normale, naturelle de la vie de nos jeunes », une « phase-pont », où « ils ne sont ni d’un coté ni de l’autre, mais en marche, en transit ».

Pour les préparer, les former, à l’avenir, il ne suffit pas de leur faire apprendre les langues, ou de les remplir de savoir, il est fondamental de les « reconnecter « à leurs origines, a souligné le Pape, de ne pas les priver « de la connaissance des génies et des saints qui les ont engendrés ». Mais également des grands-parents, qui donnent aux enfants une « appartenance » et transmettent avec sagesse. L’adolescence, a insisté le Pape, est un moment d’instabilité, mais « pas une pathologie à combattre ». Ces jeunes veulent « le vertige » qui les fait vibrer, se sentir en vie, alors « donnons-leur ! », mais un vertige « juste », en stimulant « tout ce qui peut les aider à transformer leurs rêves en projets », en les aidant à « découvrir que leur potentiel est un passage vers une vocation, au sens large du terme ».

Ce problème de « déracinement » qui marque nos sociétés, est une question fondamentale à ne pas sous-estimer, a souligné le Pape, car « cela signifie des personnes, des familles qui perdent peu à peu leurs liens, ce tissu vital si important pour se sentir partie prenante les uns des autres, participants les uns les autres à un projet commun ». Une culture déracinée, une famille déracinée est « une famille sans histoire, sans mémoire (…) Et quand il n’y a pas de racines, n’importe quel vent finit par t’emporter (…) Il n’y a pas pire aliénation pour une personne que de sentir qu’elle n’appartient à personne ».

Austérité et éducation intégrale

Et dans un contexte de surconsommation, a poursuivi le Pape, faisons retrouver à ces jeunes « ce principe spirituel » si important et sous-évalué qu’est « l’austérité », qui est une « richesse unique » pour stimuler l’intelligence et la créativité, ouvrir au travail en équipe et à la solidarité, ouvrir au prochain. Contrairement à cette « gourmandise spirituelle » pour ne pas dire « goinfrerie » à laquelle on assiste aujourd’hui chez les jeunes, et  qui consiste à « dévorer » tout ce qui les entoure, jusqu’à « l’étouffement ». Leur apprendre l’austérité, a martelé le Pape, c’est leur apprendre à « se rencontrer, à jeter des ponts, à ouvrir des espaces, à grandir avec et pour les autres ».

Tout se processus demande une éducation intégrale, de leur apprendre à conjuguer ensemble « l’intellect, les émotions et l’action », comportement indispensable pour « une croissance harmonieuse » à la fois personnelle et sociale. C’est tout le dynamisme de la personne et de la société qui est en jeu. Au lieu d’alimenter « la fragmentation sociale », qui est le schéma dominant aujourd’hui, on apprend au jeune à « penser à ce qu’il éprouve et ce qu’il fait, à sentir ce qu’il pense et ce qu’il fait, à faire ce qu’il pense et ce qu’il sent ». Il devient « acteur » de sa propre croissance, et se sent appelé à « participer à la construction de la communauté ».

L’occasion pour le Pape de mettre en garde éducateurs et parents contre une formation purement intellectuelle qui produit des jeunes « analphabètes » dans les domaines des émotions et de l’action, dont les projets restent « inachevés » parce qu’on ne leur a pas enseigné à « faire » . L’un des plus gros dangers dans l’éducation des jeunes aujourd’hui est de « les exclure de leurs processus de croissance en occupant leur place ». « Jouer à être toujours des adolescents », a-t-il expliqué, est une forme de « marginalisation » qui augmente chez les adolescents leur tendance à s’isoler. Il s’agit donc que les grands « fassent les grands » et les adolescents « les adolescents », dans une saine « confrontation » et non « compétition » intergénérationnelle. Un enfant qui vit son adolescence (aussi difficile soit-elle pour ses parents) est un enfant « avec un avenir et une espérance », a-t-il assuré.

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