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Cernés par les forces irakiennes et la coalition, les derniers terroristes de Daech retranchés à Mossoul ont fait exploser la mosquée Al Nouri, où était apparu leur calife en 2014.

Daech a détruit l’iconique minaret penché de la mosquée Al Nouri, encore visible sur cette photo. / Ahmad Al-Rubaye/AFP

« Vers 21 heures, mardi 20 juin, nous avons entendu un énorme bruit. Nous ne savions pas ce que c’était. » Qassem, 48 ans, hoche la tête. Il vit à Muhandisin, sur la rive est du Tigre. Le son provenait de l’ouest, de la vieille ville, dernier carré occupé par Daech, pris d’assaut depuis dimanche 18 juin par les forces irakiennes.

À lire : À Mossoul, l’assaut pour déloger Daech de la vieille ville

La nouvelle n’a pas tardé à être sur toutes les lèvres, c’était la mosquée Al Nouri, et son minaret penché. Les habitants de Mossoul l’appelaient « Maman ». « Nous nous y attendions, soupire Qassem. Nous savions qu’ils allaient détruire tous les bâtiments anciens du vieux Mossoul. Ils ont détruit l’histoire de Mossoul. »

Le quartier de Qassem fait face à la vieille ville, de l’autre côté du Tigre. Autrefois, ses demeures cossues de style néo-babylonien étaient habitées par de nombreux chrétiens, qui ont tous fui la ville en 2014. Leurs biens ont été saisis et distribués aux terroristes.

« Daech prive ses adversaires d’une victoire symbolique »

« Abu Bakr, un Français, vivait dans cette maison. Il battait sa femme en pleine rue ! Je lui ai dit que ce n’était pas dans nos traditions », poursuit Qassem. Le terroriste était réputé frimeur, conduisait sa BMW comme un fou, manquant d’écraser les enfants qui jouaient dehors, racontent des habitants du quartier. « Nous ne comprenons pas pourquoi ils viennent dans notre pays, pour tout détruire. Ce ne sont pas de bons musulmans », dit encore Qassem.

« En détruisant cette mosquée, Daech prive ses adversaires d’une victoire matérielle, militaire et symbolique. Mais surtout, les djihadistes signifient que le califat peut exister sans avoir de territoire propre », estime Hosham Dawod, anthropologue et chercheur au CNRS, spécialiste de l’Irak.

À lire : En Irak, Daech et les États-Unis s’accusent de la destruction de la mosquée Al Nouri

« Ce ne sont pas forcément des étrangers qui ont fait ça comme le pensent nombre de Mossouliotes », précise Faisal Jeber, un géologue et chef de milice qui a créé le Gilgamesh Center for Antiquities and Heritage, une association de sauvegarde du patrimoine. « N’importe qui sensible à leur idéologie peut faire cela. Quand ils ont détruit la mosquée du prophète Jonas en 2014, ceux qui l’ont fait étaient d’ici. »

Le minaret penché pourra sans doute être reconstruit

Tout n’est pas perdu cependant. Faisal a reçu un appel juste après l’explosion. C’était l’ambassadeur adjoint des États-Unis à Bagdad. Il dînait avec le gouverneur de Mossoul, pour la rupture du jeûne du Ramadan. « Il m’a demandé quel était mon plan. Je vais me rendre sur place aujourd’hui pour mettre tous les décombres dans un conteneur », dit-il.

À lire : Deux journalistes, un Kurde et un Français, tués à Mossoul

L’explosion du minaret, filmée par l’armée, montre que la tour avait été piégée en 4 points seulement. La base, de 12 mètres de haut, a tenu. « Daech a dû faire cela dans la précipitation. Pour la mosquée du prophète Jonas, ils avaient mis tellement d’explosifs qu’ils l’ont réduite en poussière. Là nous pensons qu’il reste peut-être 50 % des briques quasi intactes. Nous pourrons sans doute reconstruire le minaret parce qu’il est extrêmement bien documenté », poursuit le géologue.

Au-delà de ce monument fétiche, le vieux Mossoul regorge de bâtiments historiques qu’il faudra sauver de la folie destructrice des terroristes : « Notre grande peur c’est qu’ils aient piégé d’autres monuments. » Pour Faisal, la bataille pour sauver le vieux Mossoul et ses habitants ne fait que commencer.

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La mort du chef de Daech « hautement probable »

« Il est hautement probable que le chef de Daech Abu Bakr al-Baghadi a été éliminé par une frappe de l’aviation russe sur un centre de commandement situé dans la banlieue sud de la ville de Raqqa à la fin du mois de mai », a déclaré le vice-ministre russe des affaires étrangères Oleg Syromolotov. Depuis qu’il a proclamé un califat en juin 2014 après la capture de Mossoul, le leader irakien a déjà été donné pour mort.

Jérémy André, à Mossoul (avec Julianne Paul)
Tag(s) : #La Croix