Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

http://www.paris.catholique.fr/les-pelerins-d-emmaus-42639.html

 

Le même jour, deux disciples faisaient route vers un village appelé Emmaüs, à deux heures de marche de Jérusalem, et ils parlaient entre eux de tout ce qui s’était passé. Or, tandis qu’ils s’entretenaient et s’interrogeaient, Jésus lui-même s’approcha, et il marchait avec eux. Mais leurs yeux étaient empêchés de le reconnaître. Jésus leur dit : « De quoi discutez-vous en marchant ? » Alors, ils s’arrêtèrent, tout tristes. L’un des deux, nommé Cléophas, lui répondit : « Tu es bien le seul étranger résidant à Jérusalem qui ignore les événements de ces jours-ci. » Il leur dit : « Quels événements ? » Ils lui répondirent : « Ce qui est arrivé à Jésus de Nazareth, cet homme qui était un prophète puissant par ses actes et ses paroles devant Dieu et devant tout le peuple : comment les grands prêtres et nos chefs l’ont livré, ils l’ont fait condamner à mort et ils l’ont crucifié. Nous, nous espérions que c’était lui qui allait délivrer Israël. Mais avec tout cela, voici déjà le troisième jour qui passe depuis que c’est arrivé. À vrai dire, des femmes de notre groupe nous ont remplis de stupeur. Quand, dès l’aurore, elles sont allées au tombeau, elles n’ont pas trouvé son corps ; elles sont venues nous dire qu’elles avaient même eu une vision : des anges, qui disaient qu’il est vivant. Quelques-uns de nos compagnons sont allés au tombeau, et ils ont trouvé les choses comme les femmes l’avaient dit ; mais lui, ils ne l’ont pas vu. » Il leur dit alors : « Esprits sans intelligence ! Comme votre cœur est lent à croire tout ce que les prophètes ont dit ! Ne fallait-il pas que le Christ souffrît cela pour entrer dans sa gloire ? » Et, partant de Moïse et de tous les Prophètes, il leur interpréta, dans toute l’Écriture, ce qui le concernait.

Quand ils approchèrent du village où ils se rendaient, Jésus fit semblant d’aller plus loin. Mais ils s’efforcèrent de le retenir : « Reste avec nous, car le soir approche et déjà le jour baisse. » Il entra donc pour rester avec eux.
Quand il fut à table avec eux, ayant pris le pain, il prononça la bénédiction et, l’ayant rompu, il le leur donna. Alors leurs yeux s’ouvrirent, et ils le reconnurent, mais il disparut à leurs regards. Ils se dirent l’un à l’autre : « Notre cœur n’était-il pas brûlant en nous, tandis qu’il nous parlait sur la route et nous ouvrait les Écritures ? » À l’instant même, ils se levèrent et retournèrent à Jérusalem. Ils y trouvèrent réunis les onze Apôtres et leurs compagnons, qui leur dirent : « Le Seigneur est réellement ressuscité : il est apparu à Simon-Pierre. » À leur tour, ils racontaient ce qui s’était passé sur la route, et comment le Seigneur s’était fait reconnaître par eux à la fraction du pain.

Comprendre pour transmettre

Ce récit se situe après le passage relatant l’annonce de la Résurrection, faite par deux hommes en habit éblouissant, aux femmes venues au tombeau le premier jour de la semaine et le récit de la venue de Pierre au tombeau. (Lc 24, 1-12)
Luc précise : « Le même jour, deux disciples faisaient route vers un village appelé Emmaüs. » (Lc 24, 13) On peut alors penser que la scène se passe dans la deuxième partie de la journée.
Ce n’est pas par hasard que l’Eglise a choisi ce texte d’Evangile le dimanche soir de Pâques.

Le récit peut se découper en deux parties :
 Le récit en paroles : Jésus s’approche et fait route (Lc 24, 13-27)
 Le récit en gestes : Jésus rompt et donne le pain (Lc 24, 28-35)

1 - Jésus s’approche et fait route. (Lc 24, 13-27)
« Deux disciples faisaient route vers un village appelé Emmaüs, à deux heures de marche de Jérusalem, et ils parlaient de tout ce qui s’était passé. » (Lc 24, 13-14)
La localisation précise d’Emmaüs n’a pas été identifiée avec certitude.

« Or, tandis qu’ils s’entretenaient et s’interrogeaient, Jésus lui-même s’approcha, et il marchait avec eux. » (Lc 24, 15)
Jésus s’approche et fait route avec eux : ces deux verbes résument toute sa démarche.
En Jésus, Dieu se fait proche des hommes, il entre dans leur histoire.
Sur nos chemins, Jésus ressuscité se fait compagnon de voyage.

« Mais leurs yeux étaient empêchés de reconnaître. » (Lc 24, 16)
Cléophas et son compagnon dont le nom n’est pas précisé (cela nous permet de nous identifier à lui), sont enfermés dans leur tristesse, leur espoir déçu. Pour l’heure, ils sont incapables de reconnaître celui qui les a rejoints. Il leur faudra avancer sur le chemin avec Jésus, passer différentes étapes, pour que leurs yeux s’ouvrent et qu’il le reconnaisse.

Jésus va d’abord, en bon pédagogue, écouter les disciples qui racontent les évènements qui viennent de se passer à Jérusalem, leur désarroi, leur déception, leur espoir déçu :
« Nous espérions que c’était lui qui allait délivrer Israël. Mais avec tout cela voici le troisième jour qui passe depuis que c’est arrivé. » (Lc 24, 21)
Jésus avait annoncé à ses disciples sa Passion et sa Résurrection le troisième jour. (Lc 9, 22 ; 18,33). Quand les femmes sont allées au tombeau, deux hommes en habit éblouissant leur rappellent ce que « Jésus leur a dit quand il était en Galilée : ‘Il faut que le Fils de l’homme soit livré aux mains des pécheurs, qu’il soit crucifié et que, le troisième jour, il ressuscite.’ » (Lc 24, 7)
Malgré le témoignage de ces femmes et celui des compagnons (Lc 24, 22-24), le troisième jour annoncé ne résonne pas en eux. Ces faits sont précisément ceux qui pourraient remplir le creux et apporter la lumière. Par leur récit, ils sont en train de déployer l’annonce pascale. Il leur manque la clé.
« Leurs yeux étaient empêchés de le reconnaître. » (Lc 24, 16) Ayant perdu l’espérance, ils cheminent avec le Christ mais ne peuvent encore prononcer son nom.

Jésus leur a permis, en les invitant à raconter ce qui s’est passé, d’écouter eux-mêmes ce qu’ils vivent.
Alors seulement Jésus prend la parole pour leur révéler les limites de leur foi :
« Partant de Moïse et de tous les Prophètes, il leur interpréta, dans toutes les Écritures, ce qui le concernait. » (Lc 24, 27)
Jésus leur fait une catéchèse biblique. C’est la Parole même du Ressuscité qui les éclaire sur les Écritures et qui permet d’en révéler le sens profond.
Pour les Chrétiens, les textes de la Bible lus à la lumière de la Résurrection prennent tout leur sens. « Le Nouveau Testament est caché dans l’Ancien et l’Ancien est révélé dans le Nouveau » nous dit saint Augustin.

2 - Jésus rompt et donne le pain (Lc 24, 28-35)
« Quand ils approchèrent du village où ils se rendaient, Jésus fit semblant d’aller plus loin. Mais ils s’efforcèrent de le retenir : reste avec nous. » (Lc 24, 28-29)
S’efforcer de retenir un voyageur est une insistance bien conforme aux usages de l’hospitalité de ce temps, elle a conduit plusieurs commentateurs à penser que les voyageurs étaient arrivés chez eux.
Sans savoir vraiment qui il est, les disciples ont envie de garder Jésus avec eux, comme quelqu’un que l’on commence à découvrir et à apprécier et que l’on veut connaître davantage.
En poursuivant sa route, Jésus ouvre la nôtre à une foi toujours plus vive. La foi ne se nourrit pas seulement de paroles, mais d’une présence : « reste avec nous… Il rentra donc pour rester avec eux. » (Lc 24, 35)

« Quand ils furent à table avec eux, ayant pris le pain, il prononça la bénédiction et l’ayant rompu, il le leur donna. » (Lc 24, 30)
L’action centrale apparaît. Cette description des gestes du Ressuscité est significative. Luc utilise ici un vocabulaire eucharistique pour faire sentir aux lecteurs que la fraction du pain (la messe) leur fait rencontrer le Ressuscité comme ce fut le cas pour les disciples d’Emmaüs et encore pour nous aujourd’hui.

« Alors leurs yeux s’ouvrirent, et ils le reconnurent, mais il disparut à leurs regards. » (Lc 24,31)
Jésus n’est plus le troisième personnage qui a pris place à table avec eux, il est passé dans leur vie. Il est là vivant, mais invisible, sous les apparences du pain rompu, et aussi dans leur existence concrète.
Les disciples parlent de la présence intérieure : « Notre cœur n’était-il pas brûlant en nous, tandis qu’il nous parlait sur la route et nous ouvrait les Écritures ? » (Lc 24, 32)
La Parole a allumé le cœur des disciples, le Pain ouvre leurs yeux.
Jésus rompt aussi le pain avec nous, se donne à nous et ouvre nos yeux.
A la messe, nous rencontrons les Christ dans sa Parole et l’Eucharistie, et aussi dans le prêtre qui consacre le pain et le vin et l’assemblée : nous sommes le Corps du Christ.

« A l’instant même, ils se levèrent et retournèrent à Jérusalem. Ils y trouvèrent réunis les onze Apôtres et leurs compagnons qui leur dirent : ‘Le Seigneur est réellement ressuscité : il est apparu à Simon-Pierre. A leur tour, ils racontaient ce qui s’était passé sur la route, et comment le Seigneur s’était fait reconnaître par eux à la fraction du pain. » (Lc 24, 33 et 35)
La Parole et le Pain changent la direction du chemin pris par les deux disciples.
Ils quittent un refuge humain, l’auberge d’Emmaüs, pour retourner au Cénacle de Jérusalem (lieu du dernier repas) où ils retrouvent la communauté des Apôtres.
De ce groupe de disciples jaillit le « kérygme », l’annonce du message pascal : le Christ qui était mort est ressuscité ! C’est l’Église naissante.
A leur tour, Cléophas et son compagnon, remplis de la présence du Christ, exposent ce qu’ils ont vécu et deviennent des témoins du Christ ressuscité.
Cela fait penser à l’effet de l’Esprit Saint qui viendra à la Pentecôte sous forme de langues de feu. L’Esprit Saint, donné par le Christ, est désormais perceptible dans nos vies.
Par l’Esprit Saint, Jésus éclaire l’intelligence, suscite la foi dans les cœurs lents à croire (Lc 24, 25).

C’est à la fraction du pain que le Christ a pu être reconnu par les disciples d’Emmaüs.
Son corps eucharistique déborde à présent les lieux et les temps, transfigurant l’expérience humaine.
Jésus en personne fait route avec nous, venant dans notre histoire. L’accent est mis sur un itinéraire à parcourir, auquel chacun peut prendre part, pour reconnaître une Présence, celle du Christ ressuscité et en être témoin.
Le récit d’Emmaüs est réel. Jésus ressuscité nous rejoint dans la banalité de notre quotidien, même si nous n’en sommes pas toujours conscients.

Pour conclure, voici un extrait d’un commentaire des disciples d’Emmaüs du Pape Benoît XVI (Regina Caeli, le 6 avril 2008)

« La localité d’Emmaüs n’a pas identifiée avec certitude. Il y a différentes hypothèses, et ceci n’est pas dépourvu de signification, parce que cela nous fait penser qu’Emmaüs représente en réalité chaque lieu : le chemin qui y conduit et qui permet de rencontrer le Christ, est le chemin de chaque Chrétien, de chaque homme. Sur nos chemins, Jésus ressuscité se fait compagnon de voyage, pour rallumer dans nos cœurs, la chaleur de la foi et de l’espérance et rompre le pain de la vie éternelle…
… Ce superbe texte de l’évangile contient déjà la structure de la Sainte Messe : dans la première partie, l’écoute de la Parole à travers les Saintes Écritures ; dans la deuxième, la liturgie eucharistique et la communion avec le Christ présent dans le Sacrement de son Corps et de son Sang. En se nourrissant à ce double banquet, l’Église s’édifie sans cesse et se renouvelle de jour en jour dans la foi, dans l’espérance et dans la charité. »

Bibliographie : ‘Jésus Parole de la Grâce selon saint Luc’ Ph. Bossuys et J. Radermakers - Institut d’Études Théologiques Éditions

Tag(s) : #Liturgie