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 Dimanche de la divine miséricorde - Année A  - Les portes verrouillées

 

2e dimanche de Pâques : Les réputations sont tenaces... Thomas est-il cet incrédule de l'expression ? Un commentaire par le P. Marcel Domergue, jésuite.

 L'évangéliste insiste sur ce détail (versets 19 et 26). Contraste avec le tombeau ouvert, et vide, déjà découvert par Marie de Magdala, Pierre et Jean (20,1). Les disciples, en ce premier jour de la semaine qui inaugure aussi une ère nouvelle, ne sont  pas encore sortis de la foi en la mort. Ils sont encore sous le régime de la peur. Peur de ceux qui ont tué Jésus, peur de mourir. Et voici que, tout à coup, Jésus se trouve au milieu d'eux. Il n'est dit nulle part qu'il passe à travers les portes : il n'a pas besoin d'entrer parce qu'il est déjà là ; mais devenu inaccessible aux sens. Il se rend visible pour rejoindre les disciples dans leurs enfers, dans le tombeau de la peur dans lequel ils se sont enfermés. Il semble qu'ils ne le reconnaissent pas d'emblée, puisqu'il leur montre ses plaies. Il y a là une sorte de règle générale : après la Résurrection, on n'identifie plus Jésus du premier coup. Son corps ne fait plus partie des «objets» de ce monde. Désormais, ce corps ne sera accessible que par le chemin des sacrements, ces signes dont l'Église elle-même, déclarée d'ailleurs «corps du Christ», sera la récapitulation. La formule juive de salutation, «la paix», revient constamment dans les récits des apparitions ; trois fois dans notre lecture. Cette insistance est significative : l'homme et Dieu ne sont plus sous le régime de l'affrontement, symbolisé par la prise du fruit de l'arbre en Genèse 3. Un monde nouveau est là. Dieu et l'homme ne font plus qu'un. Toutes les portes sont ouvertes.

Le don de l'Esprit

Jusqu'à la Pâque, les gens pouvaient voir Jésus comme un homme qui leur restait extérieur et qui venait les interpeller, les inviter à accueillir l'Évangile du Royaume. Désormais ils ne le verront plus, ils ne le rencontreront que par la foi. Et pourtant il ne leur a jamais été aussi proche : d'extérieur qu'il était, il leur devient intérieur. Il fait corps avec eux, du moins dans la mesure où ils s'assemblent en son nom (voir Matthieu 18,20). Cette présence du Christ nous est donnée par et dans l'Esprit, cet Esprit qui est un avec lui, qui nous redira et nous fera comprendre ce que Jésus nous a dit, et qui nous introduira dans la vérité totale. Les versets 21-23 de notre lecture sont appelés la Pentecôte de saint Jean, certes moins spectaculaire que celle des Actes mais destinée à nous faire comprendre que tout est déjà donné dans la résurrection de Jésus. Les récits qui, chez Jean et les autres évangélistes, sortent du cadre de ce «premier jour» cherchent simplement à nous faire explorer tout le contenu de l'événement pascal et veulent nous faire comprendre que le régime alors inauguré, la Nouvelle Alliance, garde son efficacité jusqu'à la fin des temps. L'Esprit qui nous est donné a pour figures le souffle et le vent, signes de vie et d'extrême mobilité. C'est pourquoi Jésus envoie ses disciples de par le monde.

Thomas, l'incrédule

Les disciples ont cru à la nouvelle présence du Christ à la vue de ses plaies (verset 20). Au fond Thomas, en exigeant de voir pour croire, n'est pas très loin d'eux. Tout le monde, d'une façon ou d'une autre, se range de temps en temps parmi ceux qui veulent des signes pour consentir à croire. En Matthieu 12,38-40, Jésus annonce qu'il ne sera donné qu'un seul signe, celui de sa disparition pendant trois jours au ventre de la terre comme Jonas avait disparu trois jours au ventre du monstre marin. Le signe qui est donné est donc la disparition de celui qui est le Signe par excellence ! Jésus vient de disparaître et voici Thomas, représentatif de tous les autres dont il est le jumeau symbolique, au pied du mur. Il mijote huit jours dans son incroyance. Huit jours : les sept jours qui forment un tout complet (la semaine) plus un huitième qui inaugure des temps nouveaux. Vraiment nouveaux : le Christ, qui a si souvent vitupéré contre ceux qui exigent de voir pour croire, se rend à la décision de Thomas. Il cède : Dieu se soumet à l'homme. Je vois dans ce récit une immense tendresse. Thomas a-t-il répondu à l'invitation de Jésus, a-t-il touché ses plaies ? Il ne semble pas mais il s'adresse à lui avec des mots extraordinaires : d'abord les deux possessifs «mon» qui disent tout l'amour du disciple ; ensuite et surtout le «mon Dieu». C'est la seule fois dans les évangiles que Jésus est appelé Dieu explicitement.

P. Marcel Domergue, jésuite
Croire.com

Tag(s) : #Liturgie