2e dimanche de Pâques dimanche 23 avril 2017

Etre là !

Le P. Christian Blanc Assomptionniste relie de manière lumineuse ce que la communauté doit au Christ... Mais quelle est cette communauté ?

Quand le soir du premier jour de la semaine, Jésus ressuscité « se donne à voir » aux disciples rassemblés, Thomas l’un des Douze n’était pas là. Et quand les disciples lui racontent ce qui est arrivé, il refuse de croire. Pour qu’il reprenne foi, il lui faudrait, dit-il, pouvoir « voir » et « toucher » les plaies du côté et les mains percées, marques tangibles de Jésus crucifié. Thomas a-t-il eu tort de ne pas adhérer au témoignage de ses condisciples ? Avait-il raison d’exiger que, sur Celui qui s’était montré, apparaissent encore les traces de la Passion ? Voulait-il être sûr que Celui qui avait été martyrisé fut bien aussi le même dont on lui avait annoncé qu’il était ressuscité ? Bref Thomas n’était pas là et de ce fait il ne crût pas.

Le Ressuscité est-il le même que le crucifié ?

Par contre, huit jours après, dans des circonstances tout à fait identiques, premier jour de la semaine et disciples rassemblés, Thomas fut visité à son tour et invité à satisfaire sa demande. L’exigence alors de « voir » et de « toucher » ne lui paraît plus nécessaire. Plutôt que ce geste dont on fait faussement état (Jn 20, 27-28), il croit au-delà de ce qui avait été déclaré jusque là. Il reconnaît comme ses condisciples que Jésus est Seigneur, mais, portant encore plus loin la confession de foi, il confesse que ce Jésus est Dieu  (Jn 20, 28). La pleine foi a pris au cœur de ce disciple, le soir du premier jour de la semaine quand, à la communauté rassemblée, Jésus le crucifié s’est donné à voir ressuscité, comme il l’avait fait huit jour auparavant et comme dorénavant il le fera à chaque rassemblement lorsque les disciples se réuniront pour faire « sa communauté ».

Faire sa communauté ?

Pensez-vous qu’il y ait d’autres raisons pour motiver le rassemblement eucharistique dominical ? Pensez-vous qu’il ne soit pas nécessaire, pour vivre du Ressuscité, d’être ensemble rassemblé afin qu’il « se donne à voir » ? Le dimanche n’est pas seulement le jour, où toutes affaires cessantes, on se repose et se détend. Il est le moment par excellence où le Ressuscité, rassemblant ses disciples, refait les liens de la communauté, reconstitue leur fraternité en leur donnant sa paix. (Jn 20, 19. 21. 26.) Au cours du temps, on a fait de la « messe », ne le fait-on pas encore trop souvent, une dévotion individuelle où l’on se gardaitbien de se tourner vers l’autre de crainte qu’il ne vienne distraire son propre quant-à-soi. Mais est-ce la bonne façon de célébrer le Christ ressuscité ? Le témoignage des uns doit éveiller les autres et la parole de foi ne doit-elle pas circuler ? (Jn 20, 25) Thomas, qui n’était pas là dans l’assemblée des disciples, ne pouvait croire au Christ ressuscité. Mais huit jours après, présent à la communauté, il découvre à son tour la Nouvelle et confesse la pleine foi. Quelque chose d’essentiel transparaît dans ce récit. Le premier jour de la semaine, refaire, en mémoire de Lui, ce que le Christ a fait lui-même, afin de le recevoir avec tout ce qu’il est, nécessite que chacun soit présent à l’assemblée des frères. La communauté des disciples du Christ a besoin de ces rendez-vous de la foi. Manquer ces rendez-vous, ce n’est pas désobéir à un commandement, manquer à une obligation, c’est manquer à la communauté. C’est priver la communauté de sa présence, de son partage, de son avancée vers plus de foi commune, plus d’unité, plus de fraternité. Manquer la messe le dimanche est une chose, mais manquer le rendez-vous de la communauté en est une autre bien plus importante, car elle touche aux liens que le Christ veut instaurer entre les personnes concrètes que nous sommes. L’absence touche à la constitution de la communauté qui est le but de l’Eucharistie. Venir faire eucharistie avec les frères et les sœurs en chemin comme moi c’est accepter de former le Corps du Christ, où chacun trouve sa place en liant sa vie avec celle des autres présents comme moi.

Lier sa vie ?

Une opération qui dans la foi reste toujours à refaire pour ceux qui ont compris le sens de l’Eucharistie, car celle-ci rassemble et « assemble » ceux qui la célèbrent pour faire un corps vivant : Celui du Christ ressuscité. Venir à l’Eucharistie : venir faire communauté ? Venir faire communauté : hors de cela, y-a-t-il authentiquement eucharistie ? Thomas n’était pas là au premier rassemblement mais la seconde fois, présent, il confessa la foi plénière : « Mon Seigneur et mon Dieu ». Dans la communauté qu’il assemble, le Christ ressuscité « ne se donne-t-il pas à voir ».

Être là avec les autres frères et se lier à eux concrètement dans la foi.

Faire exister le Corps du Christ et recevoir sa paix.

Être là.