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Église, photo d'illustration
 
 
   

Certains dimanches possèdent le privilège de porter des noms latins qui marquent leur importance dans le temps liturgique.

Il y eut un temps où l’année liturgique comptait beaucoup plus que l’année civile. C’est l’Église qui rythmait la vie de la société. Les fêtes religieuses (cycle temporal) et les fêtes des saints (cycle sanctoral) fournissaient aux paroissiens les repères suffisants pour mener leur vie : observations météorologiques, travaux des champs et du jardin, activités économiques, foires, fêtes patronales, réjouissances populaires, « tout était le long événement d’un beau rite », comme écrit Péguy dans L’Argent. En témoignent encore les dictons et les chansons (Il reviendra à Pâques / Ou à la Trinité). Ce temps-là a duré des siècles. La Révolution a essayé de l’effacer en imposant le calendrier révolutionnaire. En vain. L’emprise chrétienne était indélébile. La République n’a pu qu’en prendre acte, en glissant ses fêtes à elle, nationales et commémoratives. Et c’est ainsi que les grandes fêtes religieuses rythment toujours l’année, et l’unité reste toujours la semaine avec son premier jour : le dimanche.

Or en ce temps-là, certains dimanches avaient le curieux privilège de porter un nom qui leur était propre. Par exemple le dimanche dit de Quasimodo.

D’où tiraient-ils leur nom ? Du premier mot qui marquait l’entrée dans la liturgie, en latin à l’époque, le chant de l’introït qu’entonnaient les chantres, avec plus ou moins de talent, au moment où l’officiant approchait de l’autel.

D’où tenaient-ils ce privilège ? C’est qu’ils avaient sans doute quelque chose de particulier, qui marquait les esprits. Prenons les dimanches de Carême. Le 2e dimanche était le dimanche de Reminiscere ; le 3e le dimanche d’Oculi ; le 4e de Laetare. Avançons une explication. Temps de jeûne et d’abstinence, le Carême était jadis d’une autre rigueur qu’aujourd’hui. On pouvait trouver le temps long et compter les dimanches qui séparaient de Pâques. Passe pour le premier. Mais les dimanches suivants étaient salués comme une étape vers la libération. Un peu quelque chose comme : un de moins !

Reminiscere et Oculi sont oubliés. Reste pour beaucoup le dimanche de Laetare, qui conforte cette explication. L’Église est bonne mère. Au beau milieu du parcours, elle encourage les pèlerins avec les mots d’Isaïe : « Laetare, Jerusalem, Réjouis-toi, Jérusalem, Gaudete cum laetitia, qui in tristitia fuistis, Soyez transportés de joie, vous qui étiez dans la tristesse ». Courage, vous êtes sur la bonne voie, persévérez, soyez déjà dans l’allégresse qui éclatera bientôt au chant de l’Exultet !

Même sollicitude au beau milieu du temps de l’Avent : dimanche de Gaudete. Injonction de Paul aux Philippiens : « Gaudete in Domino, Réjouissez-vous dans le Seigneur, iterum dico, gaudete, je vous le répète, réjouissez-vous ! » Et en ces deux dimanches qui se font signe, les orgues reprennent de la voix et le prêtre revêt une chasuble rose, qui adoucit l’austérité du violet.

Le dimanche « baptisé » qui reste le plus connu est bien celui de Quasimodo. C’est le dimanche de l’octave de Pâques, la semaine qui fermait non pas le temps pascal, mais la fête elle-même de Pâques. Dimanche de Pâques closes c’est l’un de ses noms, désuet. Il est surtout le dimanche in albis. Au cours de la veillée pascale, lorsque les catéchumènes reçoivent le baptême, l’assemblée reprend le cri de joie de Paul : « Vous tous qui avez été baptisés dans le Christ, vous avez revêtu le Christ. » Le symbole en est le vêtement blanc qu’ils passent alors. Ils sont in albis. Dans l’ancienne liturgie, ils le conservaient durant la semaine, le déposaient le samedi, et jusqu’au dimanche tout était in albis. Le chant d’entrée s’adressait à eux, et avec quelle tendresse, par la voix de Pierre : « Quasi modo geniti infantes, comme des enfants nouveau-nés… désirez ardemment le pur lait spirituel. »

La joie pascale rayonne encore. Quasimodo sonne bien : il a baptisé le dimanche. Il nous vient du fond des âges. Il nous est héritage. Conservons-le comme un témoignage. Avec reconnaissance.

P.-S. – Il faut bien avouer que pour le grand public Quasimodo c’est le nom du pauvre héros contrefait de Notre-Dame de Paris. Victor Hugo explique les deux raisons pour lesquelles Claude Frollo qui l’a recueilli lui donna ce nom :

« Il baptisa son enfant adoptif, et le nomma Quasimodo, soit qu’il voulût marquer par là le jour où il l’avait trouvé, soit qu’il voulût caractériser par ce nom à quel point la pauvre petite créature était incomplète et à peine ébauchée. En effet, Quasimodo, borgne, bossu, cagneux, n’était guère qu’un à peu près. »

Quasimodo : à peu près ? Ce n’est pas du latin de Cicéron. On est au Moyen Âge. C’est du latin… grosso modo.

 
 
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