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ENTRETIEN - À la veille de la diffusion de l’émission « Cash investigation » sur la pédophilie dans l’Église, mardi 21 mars, Vincent Neymon, porte-parole adjoint de la Conférence des évêques de France, explique à La Croix son refus de participer au débat qui suivra le documentaire, comme annoncé dans un communiqué.

logo de l’émission / France2

La Croix : Comment la Conférence des évêques de France (CEF) a-t-elle été sollicitée par l’équipe de « Cash investigation » pour cette enquête ?

Vincent Neymon : Nous avons eu des échanges avec Élise Lucet et son équipe dès le mois d’octobre 2016, quelques semaines avant l’Assemblée plénière des évêques de novembre à Lourdes. Ils ont menacé de venir sous le nom d’un autre média si nous refusions de les accréditer, ce que nous avons perçu comme une sorte de chantage. Nous avons toutefois décidé de jouer le jeu médiatique. Nous avons correspondu avec Martin Boudot, le réalisateur du documentaire, qui a demandé de nombreuses précisions, que nous avons essayé de fournir.

Pourquoi avoir ainsi accepté dans un premier temps de collaborer avec les journalistes qui travaillaient sur ce dossier ?

V. N. : Nous savions que la démarche menée par « Cash investigation » et Mediapart était par principe « à scandale ». Nous nous doutions bien qu’ils n’allaient pas présenter un tableau à l’eau de rose de la situation, mais nous avons estimé que le travail de vérité pouvait aussi passer par ce biais.

À lire : Pédophilie : 222 victimes se sont manifestées auprès de l’Église de France

Qu’est-ce qui a fait évoluer votre position ?

V. N. : Au moment de l’Assemblée plénière, en novembre, nous avons rapidement remarqué que la Conférence des évêques de France faisait l’objet d’un grand mépris de la part de l’équipe qui enquêtait. Nous nous sommes rendu compte que ces journalistes cherchaient ce que l’on avait à avouer, pas ce que l’on avait à dire. Aussi, lorsque la CEF a été sollicitée afin qu’un représentant de l’Église participe au débat post-émission, nous avons beaucoup réfléchi, mais nous avons finalement privilégié le silence à la parole, au vu de la tournure de ces mois de travail. Nous n’avons pas souhaité apporter de crédit à cette émission.

Dans votre communiqué, vous évoquez la « déontologie journalistique » bafouée dans cette émission pour justifier votre absence…

V. N. : Tout à fait, nous savons très bien que cela pourra nous être reproché. Sur le fond, nous sommes d’accord sur l’investigation menée sur les agissements de certains prêtres ou évêques, mais pas dans ces conditions : nous estimons que la méthode n’a pas été franche et nous sommes choqués que de tels procédés puissent être menés dans des émissions du service public.

Comment envisagez-vous toutefois de traiter les révélations de cette enquête ?

V. N. : Nous n’avons pas encore visionné le documentaire mais nous sommes prêts à répondre aux différentes questions qu’il pourra soulever.

Recueilli par Marie Malzac
Tag(s) : #La Croix