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La première phase de rénovation de l’édifice qui abrite le rocher original du sépulcre du Christ à Jérusalem touche à sa fin. Une célébration œcuménique est prévue mercredi 22 mars pour célébrer la fin de ce chantier collectif.

Le tombeau du Christ rénové dans l’église du Saint-Sépulcre, le 20 mars. / Sebastian Scheiner/AP

L’événement est aussi historique qu’émouvant : après neuf mois de travail continu, le petit édifice qui, selon la tradition chrétienne, abrite le tombeau de Jésus-Christ, a fait peau neuve. La façade en calcaire rose, assombrie par la flamme des lampes à huile et des bougies, a retrouvé sa couleur originelle et révèle désormais nettement les écritures en grec byzantin gravées sur les parois. C’est officiel : « Les travaux de réhabilitation sur le saint édicule sont terminés ».

Mercredi 20 mars au matin au Saint Sépulcre, Antonia Moropoulou, qui a dirigé le chantier, a troqué son casque jaune contre un foulard coloré noué autour du cou. Autour, des ouvriers s’activent pour défaire les palissades qui protégeaient le bâtiment situé sous la rotonde de la basilique.

Entamé en mai 2016, le chantier se termine avant les célébrations de Pâques, calendrier liturgique oblige. Et selon l’accord conclu en mars 2016 par les Églises en charge des travaux – les grecs-orthodoxes, les franciscains (de rite catholique) et les Arméniens orthodoxes, lesquelles ont confié la restauration à une équipe scientifique de l’école polytechnique d’Athènes, sur proposition de l’Église grecque-orthodoxe.

Un bâtiment construit en 1810

Il s’agissait d’assurer « la stabilité structurelle » du bâtiment construit sous la direction de l’architecte grec Komnenos en 1810, après la destruction du précédent dans un incendie en 1808. Les intempéries, le séisme de 1927, l’intense fréquentation et l’humidité persistante avaient fortement endommagé l’ensemble actuel.

Dès juillet 2016, l’édicule a donc été désossé – ses pierres numérotées, nettoyées et remises en place. Les fresques à l’intérieur et les peintures sur bois du dôme ont été restaurées. Enfin, en février dernier, la structure métallique installée en 1947 pour soutenir l’édicule a été retirée, une fois sa stabilité assurée.

A lire : La pierre du Saint-Sépulcre dévoilée pour la première fois depuis des siècles

Mais le point d’orgue de la rénovation reste l’ouverture du tombeau du Christ le 26 octobre 2016. Ce soir-là, une fois les portes de la basilique closes, et l’autorisation obtenue de la part des chefs des trois Églises, les scientifiques ont tiré les deux plaques de marbre qui recouvrent la pierre où le corps de Jésus crucifié aurait été déposé. Moment unique, pour les témoins, religieux et laïcs, qui ont eu la chance d’entrevoir la pierre du tombeau taillé dans la roche, pendant les soixante heures d’intervention technique.

Technologies de pointe

« S’agit-il vraiment du tombeau de Jésus ? » La question est sans cesse posée au professeur Moropoulou. Mais elle n’a pas la réponse. On l’a mandatée pour une « rénovation conservatrice » et non pour une « étude archéologique », rappelle le P. Eugenio Alliata, archéologue et professeur au Studium Biblicum Franciscanum de Jérusalem.

Des moyens technologiques de pointe ont été déployés sur le chantier, lequel a mobilisé plus de 70 personnes – ingénieurs, architectes et conservateurs grecs, ainsi que des manœuvres locaux. Mais le volet archéologique de l’opération n’a pas été traité. « C’était pourtant une occasion unique », regrette le P. Alliata.

Il tire néanmoins quelques conclusions des rapports transmis par Antonia Moropoulou. Tout d’abord, sur les dimensions de la chambre funéraire : une « banquette étroite » taillée pour « un seul corps ». Ensuite, sur l’identification des deux plaques de marbre de couleur grise et marquée d’une croix lorraine, « caractéristique de l’époque croisée ». Les examens archéométriques ont été réalisés pour déterminer l’ancienneté des matériaux. « Les données seront mises en libre accès pour les chercheurs du monde entier », a également assuré le professeur Moropoulou.

Trois millions et demi d’euros de travaux

Malgré tout, l’archéologue franciscain salue la réussite du chantier vécu dans un « contexte humain et religieux difficile », sous le statu quo qui régit la vie des communautés sur place. Une cérémonie œcuménique aura d’ailleurs lieu pour bénir l’édicule restauré.

A lire : À Jérusalem, les lieux saints créent encore la polémique

Avec un montant des travaux estimé à trois millions et demi d’euros, les Églises gardiennes du lieu ont été aidées, entre autres, par le Fonds mondial pour les monuments, la compagnie aérienne grecque Aegean Airlines et le roi Abdullah II de Jordanie.

Le 18 mars, la Custodie de Terre Sainte a annoncé que le Saint-Siège offrait 500 000 dollars pour la rénovation future du dallage autour de l’édicule. Une contribution attribuée lorsque « les communautés titulaires du statu quo » se seront mises d’accord sur ce nouveau chantier.

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« L’émotion n’est pas retombée »

par Marie-Armelle Beaulieu, rédactrice en chef de Terre Sainte Magazine.

« Je suis entrée dans l’édicule le lendemain de l’ouverture du tombeau de Jésus. Il faisait sombre et c’est avec la seule lumière de mon téléphone que j’ai pu découvrir la pierre où aurait été déposé le corps de Jésus. Potentiellement celle que Marie-Madeleine, Pierre et Jean ont vue. Quatre mois après, l’émotion n’est toujours pas retombée. Mon cerveau est comme en état d’apesanteur.
Cette expérience n’a rien ajouté à ma foi en la résurrection de Jésus. Car après tout, je suis entrée pour constater que le tombeau était vide : c’est ce qui me dit que le Christ est vivant ! L’édicule a beau être restauré, il reste un écrin vide.
Ce mystère de la vacuité à cet endroit du Saint Sépulcre nous engage à une démarche de foi. Il faut y croire. Car le seul endroit où Il n’est pas, c’est bien ici. »

Claire Bastier (à Jérusalem)
Tag(s) : #La Croix