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300 curés du monde entier ont participé, la semaine dernière à Rome, à une formation de la Rote romaine sur Amoris laetitia et le nouveau processus des procès matrimoniaux.

Le pape François bénissant un couple de jeunes mariés, le 11 janvier.

Le pape François bénissant un couple de jeunes mariés, le 11 janvier. / Fabio PIGNATA/CPP

Tribunal du Vatican, la Rote romaine a plus l’habitude de recevoir des spécialistes des procès matrimoniaux que des curés de paroisse ! Comme le relève Mgr Pio Vinto, doyen de la Rote, ces derniers sont pourtant en première ligne pour la mise en œuvre de la réforme voulue par François. Ce sont eux qui sont venus, la semaine dernière, se former à la nouvelle procédure de nullité de mariage et à la compréhension de l’exhortation Amoris laetitia.

« Si la réforme ne rejoint pas les curés, alors les deux Synodes resteront sans effet », constate Mgr Vinto en accueillant les participants. « Ils sont le point de suture entre le droit et la mise en œuvre du salut de chacun des fidèles avec leurs joies et leurs souffrances », ajoute son collègue pro-doyen, Mgr Maurice Monier.

Et les 300 curés sont si nombreux que la salle royale du palais de la Chancellerie, au cœur de Rome, déborde jusque dans la pièce voisine. Un signe du succès de cette formation demandée par le pape à la Rote à cause du regard très général qu’elle a, du fait des dossiers qu’elle traite, sur la situation du mariage dans le monde entier. Sur les questions et les doutes qui, sur le terrain, assaillent aussi prêtres et fidèles.

Une “bénédiction” pour une seconde union

« Amoris laetitia n’a pas vraiment changé la doctrine », reconnaît un prêtre du Latium en Italie. « La différence est qu’avant on nous présentait la doctrine de manière très éloignée des réalités. Cette fois, nous avons un texte très pratique qui soulève donc beaucoup plus de questions par rapport à ce que nous rencontrons. »

Depuis sa publication, beaucoup de fidèles « essaient de renouer avec une pratique sacramentelle, mais ce n’est pas toujours évident », constate de son côté le P. Dominique Ntukamazina, chancelier du diocèse de Gitega (Burundi). « Certains ont vu leur mariage échouer, ont divorcé… La nouvelle dynamique lancée par le Saint-Père permet de répondre plus facilement à leurs questions mais les curés ne sont pas formés et laissent cela aux canonistes. » De retour dans son diocèse, il compte donc bien aider à son tour les prêtres à mieux accompagner leurs fidèles.

Car ceux-ci se sentent démunis. « Quand un couple vient demander une “bénédiction” pour une seconde union, nous avons souvent une réponse différente, nous n’avons pas encore de solution satisfaisante », reconnaît un des rares prêtres français présents. « Récemment, un couple est arrivé en me disant : “Alors, Père, maintenant on peut communier ?”, raconte un prêtre italien. Pas facile, dans ces conditions, de proposer un accompagnement. »

Intervention du cardinal Christoph Schönborn

Pendant trois jours, théologiens, canonistes et évêques se succèdent donc pour les aider à mieux appréhender les demandes de leurs paroissiens pour pouvoir soit les diriger vers un procès matrimonial, soit les accompagner dans un chemin de discernement. Un dernier point longuement développé par le cardinal Christoph Schönborn, venu spécialement de Vienne parler d’Amoris laetitia, dont il fut un des hommes clés, notamment sur les divorcés remariés.

« Mais je ne vais commencer par cette question ! S’il vous plaît ! », implore-t-il d’emblée. Sans note, le seul texte papal entre les mains, le théologien se met alors à expliquer l’esprit de l’exhortation, y mêlant son expérience pastorale et familiale – ses parents ont divorcé quand il avait 13 ans.

chemin de discernement

Passant en revue les paragraphes les plus importants, il décrit le « chemin de discernement » proposé. « Le discernement commence par un regard attentif sur la réalité, explique-t-il. Il s’agit d’abord de comprendre, pas de juger d’emblée. Mais cela ne veut pas dire renoncer à la doctrine. Nous devons présenter ce que sont le mariage et la famille, ne pas priver le monde de ce trésor. Ce n’est pas un idéal inatteignable mais il faut prendre chaque famille où elle en est. »

Aux prêtres qui s’interrogent, il demande de « faire confiance au discernement personnel ». Et il donne un exercice, déjà réalisé avec les prêtres de son diocèse : par groupes de trois, « se rappeler chacun trois cas : deux où vous avez l’impression que l’examen au for interne permettait concrètement une plus grande intégration sacramentelle. Et un où vous avez eu l’impression que ce n’était pas possible ». Et de conclure : « La question du discernement n’est donc pas de communier ou pas, mais de grandir dans une plus grande compréhension de la norme. »

Nicolas Senèze, envoyé spécial permanent à Rome
Tag(s) : #La Croix