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Le cardinal Francesco Coccopalmerio, principal canoniste du Vatican, entre dans le débat sur l’accès à l’eucharistie de certaines personnes divorcées remariées.

Opuscule sur le chapitre 8 d’Amoris Laetitia par le cardinal Coccopalmerio

Opuscule sur le chapitre 8 d’Amoris Laetitia par le cardinal Coccopalmerio / NS

Dans un opuscule présenté mardi 14 février au Vatican, le cardinal Francesco Coccopalmerio, président du Conseil pontifical pour l’interprétation des textes législatifs, livre une interprétation personnelle mais autorisée du chapitre VIII de l’exhortation apostolique Amoris laetitia, sur l’accès à la communion de certains divorcés remariés.

A lire > Amoris Laetitia présente une nouvelle approche des divorcés remariés

Se refusant à être une réponse aux « doutes » exprimés par quatre cardinaux sur ces questions, ou même une lecture officielle, ce petit livret d’une cinquantaine de pages publié par la Librairie éditrice vaticane se veut un guide de lecture de l’exhortation sur un de ses points les disputés par ceux qui tentent d’amoindrir la portée magistérielle du texte pontifical.

À lire > Quatre cardinaux écrivent leurs doutes au pape

Reprenant un à un les différents paragraphes du chapitre VIII, le « juriste en chef » du Vatican commence par souligner la pleine cohérence d’Amoris laetitia avec la doctrine de l’Église sur le mariage et son indissolubilité.

Relisant le § 305, il en conclut que « l’Église peut admettre aux sacrements de pénitence et de l’Eucharistie des fidèles qui se trouvent en union non-légitimes, pour lesquels il faut vérifier deux conditions essentielles : leur désir de changer une telle situation mais leur impossibilité de mettre en œuvre ce désir ».

Ce serait, par exemple, le cas d’un couple qui ne pourrait se séparer pour le bien de ses enfants.

Le rôle du curé

« Il est évident que les conditions essentielles dont il est question devront être soupesées par un discernement attentif et autorisé de la part de l’autorité ecclésiastique », relève le cardinal Coccopalmerio pour qui cette autorité sera « le curé, qui connaît directement les personnes et peut, à cause de cela, exprimer un jugement adéquat sur ces situations délicates ».

Il n’exclut toutefois pas la création d’un service diocésain pour conseiller les curés ou auquel l’évêque pourrait transmettre les cas les plus difficiles.

Il souligne aussi que « les conférences épiscopales devraient émettre avec sollicitude des lignes directrices pour instruire fidèles et pasteurs sur ces questions délicates ».

« Interprétations confuses »

Certains épiscopats l’ont déjà fait, comme les évêques de la région de Buenos Aires – dont le texte a été loué par le pape – ou ceux de Malte et d’Allemagne.

Des textes critiqués au début du mois par le cardinal Gerhard Ludwig Müller, préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, qui, dans un entretien à la revue italienne Il Timone, mettait en garde contre les « interprétations confuses » d’Amoris laetitia.

Le livret du cardinal Coccopalmerio ne se veut pas pour autant une interprétation officielle d’Amoris laetitia (même s’il est édité par la Librairie éditrice vaticane).

Ce n’est pas non plus un texte juridique, même s’il émane du président du Conseil pontifical pour l’interprétation des textes législatifs, l’organe justement chargé d’interpréter les textes de droit du Saint-Siège.

« Le cardinal Coccopalmerio commente Amoris laetitia avec un esprit juridique », explique Mgr Maurizio Gronchi, professeur de théologie à l’Université urbanienne, qui rappelle que ni le Synode ni le pape n’ont voulu édicter une nouvelle norme juridique : « Ce n’est pas un texte juridique mais doctrinal et pastoral ».

Le texte du cardinal Coccopalmerio n’en reste pas moins l’interprétation vaticane la plus autorisée et du plus haut niveau donnée du chapitre VIII d’Amoris laetitia.

Nicolas Senèze, à Rome
Tag(s) : #La Croix