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Invitée jeudi 9 février de l’Émission politique sur France 2, la présidente du Front national (FN) a durci sa position sur la laïcité, en prônant l’interdiction des signes religieux ostensibles dans l’espace public.

Une proposition qu’elle dit vouloir appliquer à toutes les religions mais qui, en réalité, vise particulièrement l’islam.

Marine Le Pen dans l’Emission politique, sur France 2, le 9 février. / THOMAS SAMSON/AFP

Il y a cinq ans, elle proposait déjà d’interdire « les signes religieux ostentatoires (…) pour les agents comme pour les usagers du service public », en prônant l’inscription, dans la Constitution, du principe suivant : « La République ne reconnaît aucune communauté ». Invitée de l’Émission politique sur France 2, la présidente du Front national, Marine Le Pen, a encore durci, jeudi 9 février, sa position sur la laïcité.

La dirigeante du parti d’extrême droite s’est notamment engagée, en cas de victoire à la présidentielle, à étendre la laïcité « à l’ensemble de l’espace public », en y interdisant les signes religieux ostentatoires. Une affirmation qui a suscité, depuis, une importante levée de boucliers.

À Lire: Marine Le Pen peaufine son image présidentielle

Une laïcité à plusieurs vitesses ?

Interrogée en particulier sur le port de la kippa et du voile, Marine Le Pen s’est, dans un premier temps, défendue de cibler un signe religieux en particulier : « La loi est la loi, si je renforce la loi de 2004 [encadrant le port de signes religieux dans les établissements scolaires publics], tout le monde devra s’y soumettre. » Une affirmation qui a aussitôt fait réagir le journaliste Karim Rissouli : « Les croix sont elles aussi concernées ? Petites croix ? Grandes croix ? Où cela s’arrête-t-il ? ».

« Les grandes croix n’existent pas. Les religions chrétiennes n’ont pas de signes ostensibles, c’est en réalité nous qui avons inventé la laïcité », lui rétorque alors la présidente du Front national, tout en reprécisant que « les étoiles juives, les petites croix, les mains de Fatma » ne constituent pas de « signes religieux ostensibles ». « Ce sont ces derniers qui ne seront pas autorisés, et qui ne le sont déjà pas à l’école », poursuit-elle, tout en précisant que les « petites kippas » seront, elles aussi, autorisées.

« Qui va faire la police de la kippa » ?

Pour Jean-Yves Camus, directeur de l’Observatoire des radicalités politiques à la fondation Jean-Jaurès, les propositions émises, jeudi 9 février par Marine Le Pen sur France 2, relèvent du « non-sens » et soulèvent de nombreuses questions : « À partir de quand la taille d’un signe religieux est-elle considérée comme ostensible ? Est-ce que c’est le symbole lui-même qui est ostensible ? Qui va faire la police de la kippa ? »

« Je n’admets pas que ce soit les victimes qui voient restreindre leurs libertés pour lutter contre ceux qui sont auteurs des violences, déplore encore le spécialiste du Front national (1), avant de préciser : « C’est totalement inverser la charge du respect de la loi. Pour faire croire aux électeurs qu’elle va résoudre le problème de l’islam radical, Marine Le Pen propose une mesure liberticide, en particulier à l’égard de musulmans qui n’ont aucune velléité de combattre la France. »

À Lire : Marine Le Pen rêve d’une « grande recomposition politique »

Une loi applicable à toutes les religions

Une telle loi aurait-elle des chances d’être adoptée par le Conseil constitutionnel ? « Le problème n’est pas tant de savoir si la loi serait votée, mais l’impact qu’elle aurait sur l’opinion », poursuit Jean-Yves Camus. « Et sitôt appliquée à une religion, elle ne pourrait aussi que s’appliquer à toutes les autres : cela revient donc à mettre sur un pied d’égalité des dangers qui ne sont pas équivalents », ajoute-t-il, tout en pointant du doigt l’incohérence, voire l’incompatibilité, de la conception de la laïcité de Marine Le Pen et de ses récurrents discours revendiquant « les racines chrétiennes de la France ».

À lire : Premier grand oral pour Marine Le Pen, questionnée sur son programme

Des élus « responsables du communautarisme »

Pourquoi Marine Le Pen rigidifie-t-elle aujourd’hui sa position sur la laïcité ? La présidente du Front national s’est partiellement justifiée dans un virulent débat avec Patrice Bessac, le maire PCF de Montreuil (Seine-Saint-Denis), autre invité, jeudi 9 février, de France 2. En reprochant à certains élus municipaux d’être responsables du « communautarisme, vivier de l’islam radical » dans le pays, la députée européenne, qui s’est dite inquiète de la « relégation physique des femmes » dans certains lieux, a notamment reproché à Patrice Bessac d’avoir « reculé sur la laïcité ». Avant de conclure sur le sujet : « Vous nous mettez aujourd’hui dans la situation d’être obligés de rappeler la laïcité, c’est vrai, d’une manière ferme. »

« Depuis quelques années, nous assistons, dans des milieux qui ne sont pas nécessairement ceux du Front national, à l’émergence et à la banalisation d’un discours consistant à nous expliquer que tous les intégristes se valent et que le seul moyen de vivre en paix serait de supprimer toutes les religions », explique encore Jean-Yves Camus. « Or cette position vient finalement chambouler un édifice qui fonctionnait depuis plus de cent ans [depuis 1905] et créé davantage de frictions et de tensions qu’il n’en existait auparavant. »

À Lire :Le FN change la forme, pas le fond

Malo Tresca
 

 

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(1) Auteur notamment des ouvrages Les droites extrêmes en Europe (2015), et Front National: Bilan D’une "génération Le Pen" (2003)

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