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Le rituel de bénédiction des téléphones portables à Nice, reconduit cette année pour la quatrième fois, connaît un certain succès

Si la bénédiction d’un objet vise en réalité les personnes qui s’en servent, elle doit s’accompagner de toute la pédagogie nécessaire afin d’éviter les glissements de sens ou la quête de magique.

Le P. Gil Fiorini lors d’une précédente bénédiction de téléphones portables, à Nice, en octobre 2011.

Le P. Gil Fiorini lors d’une précédente bénédiction de téléphones portables, à Nice, en octobre 2011. / VALERY HACHE/AFP

D’ordinaire en veilleuse, les téléphones portables étaient à l’honneur durant la messe célébrée samedi 21 janvier au soir en l’église Saint-Pierre-d’Arène, à Nice. Le P. Gil Florini y a béni les portables et tablettes brandis par les centaines de fidèles venus participer à ce qui est devenu en quatre ans une nouvelle tradition locale.

Une pratique innovante dont le curé-doyen de Nice attribue la primeur à un prêtre de la City, le quartier d’affaires londonien, et qui commence à faire des émules sur le continent, comme à Nice ou Lyon. « Tout ce qui touche à l’homme touche à Dieu », justifie le P. Florini. « Or le portable est pour certain un objet qui est plus présent que son propre conjoint. »

Bénédictions de bateaux dans les ports, ou de motos à la Sainte-Baume. Bénédictions de cartables à la rentrée, d’animaux ou de récoltes à la campagne. Bénédictions d’une nouvelle maison, d’un hôpital, d’un centre sportif ou d’une table avant le repas… Le rituel romain compte pas moins de 80 exemples de formules.

Une tradition qui remonte à l’Ancien Testament

Cette inflation de rituels, du plus traditionnel au plus inattendu, a-t-elle toujours un sens au plan théologique ? « C’est une vieille tradition de l’Église que de bénir les objets qui servent au travail humain, on en retrouve la trace jusque dans plusieurs lives de l’ancien Testament », souligne le P. Florini. Ainsi à travers les objets, le rituel romain rappelle que c’est d’abord la personne qui s’en servira qui est bénie.

« Comme toutes les innovations technologiques qui ont transformé nos vies, le portable n’est pas bon ou mauvais en soi, c’est l’usage que nous en faisons qui peut faire progresser ou reculer l’humanité, en sauvant ou détruisant des vies ou des réputations », poursuit le prêtre. « L’Église ne peut pas s’éloigner de ces évolutions, car c’est le bien et le mal qui sont ici en jeu. »

Le pape Pie XI l’avait bien perçu, qui avait béni en 1931 les ondes de sa radio, nouveau média dont le Vatican fut l’un des premiers États à faire l’acquisition.

Dérivé du latin « bene dicere », « dire du bien », la bénédiction renvoie à la parole créatrice de Dieu, à sa manière de voir le monde dès le récit de la Création. « Dans l’Écriture, la bénédiction est d’abord l’acte de Dieu qui dit, veut et réalise notre bien ; pour lui, le dire et le faire sont identiques », explique le Dictionnaire de la liturgie de Don Robert Le Gall.

Prévenir la quête de magique

Peut-on pour autant tout bénir ? Lorsqu’il était vicaire général aux armées, Mgr Robert Poinard confiait ne jamais bénir une arme à feu, même si une tradition de bénédiction des étendards et des sabres ou épées perdure dans l’armée : « Ces armes ne sont plus de nos jours que des ornements de parade. Il n'y a rien de belliqueux là-dedans puisque les oraisons de bénédictions soulignent que le glaive est celui de la justice qui doit servir à protéger les faibles. »

Lire aussi : Les bénédictions

Si l’on peut bénir tout ce qui ne contredit pas Dieu ou l’Évangile, ce rituel, de plus en plus prisé pour ouvrir l’Église au plus grand nombre, doit toujours s’accompagner d’une approche pédagogique. À Nice, le P. Florini constate que la quête de magique n’est jamais absente de l’assemblée : « Certains, en particulier chez les plus jeunes, n’hésitent pas à me demander de recommencer si l’eau bénite n’a pas aspergé leur téléphone... »

Dans sa sagesse multiséculaire, le rituel de l’Église catholique rappelle que la célébration d’une bénédiction comprend toujours deux parties : la proclamation de la parole de Dieu et la prière de l’Église. « Il n’est pas permis d'ordinaire de bénir des objets ou des lieux par un simple signe de croix sans l'accompagner d'aucune parole de Dieu ou de quelque prière, cela pour rendre plus active la participation et pour éviter le risque de superstition », précisent les préliminaires du Livre des bénédictions.

Samuel Lieven
Tag(s) : #La Croix