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Le nouveau dicastère pour le service du développement humain intégral a vu le jour le 1er janvier.

Il s’agit d’une nouvelle étape de la réforme de la Curie voulue par François qui, par petites touches, a déjà beaucoup modifié le gouvernement central de l’Église

22 décembre 2016

Dans les couloirs de la Curie, beaucoup se réjouissent de trouver un sens nouveau à leur travail depuis que le pape François a impulsé sa réforme de la Curie.

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Un bouleversement des mentalités

D’autres, dont les positions anciennement acquises se trouvent fragilisées, grognent face à un pape qui ne supporte ni les « on a toujours fait ainsi » ni les « on n’a jamais fait comme ça ». Certains vivent même la perspective d’un travail plus synodal et collectif comme une « protestantisation » de l’Église.

►Lire Pourquoi le pape veut réformer le gouvernement du Vatican

Voyant, avec la suppression de plusieurs dicastères, celle d’autant de hauts postes, d’autres redoutent aussi l’idée d’être un jour renvoyés dans leurs diocèses d’origine, un véritable « déclassement » pour eux.

Ce sont ces résistances que François a dénoncé dans ses vœux à la Curie le 22 décembre dernier, égratignant la pire d’entre elle : le « guépardisme spirituel » (1) de celui qui se dit prêt à tout changer. Pour que tout reste comme avant.

Une réforme attendue de longue date

Car rendre la Curie « conforme aux nécessités des temps », comme il l’expliquait dans son discours à la Curie, les papes s’y essayent depuis un siècle. Pie X, et Paul VI y ont mis leur patte, essayant d’adapter aux besoins de leur époque une administration plus que millénaire et à laquelle Jean-Paul II, le dernier, a donné son visage actuel avec la constitution Pastor Bonus, promulguée en 1988.

Les péripéties de la fin du pontificat de Benoît XVI – avec notamment l’affaire du Vatileaks, ces fuites de documents depuis le bureau même du pape – ont toutefois montré les limites de l’organisation voulue par le pape polonais. Au point que les cardinaux qui ont élu François ont été quasi unanimes pour demander une profonde réforme de la Curie.

Du pain sur la planche pour le « C9 »

Pour ce vaste chantier, le pape s’est entouré d’un conseil de huit – puis neuf – cardinaux chargés de le conseiller dans le gouvernement de l’Église et la révision de Pastor Bonus, le fameux « C9 ». Tous les deux ou trois mois, ils se retrouvent au Vatican autour du pape pour une « revue générale » des méthodes de travail de la Curie.

En 17 réunions, ils ont ainsi déjà étudié le fonctionnement de la plupart des dicastères – l’équivalent des ministères qui forment la Curie. Si le travail est encore en cours, des propositions concrètes ont déjà été faites au pape.

►Lire aussi Le pape décide un important remaniement à la Curie romaine

Certes, la nouvelle constitution devant succéder à Pastor Bonus se fait toujours attendre, mais des réformes ont déjà été mises en œuvre. Dans ses vœux, le pape a ainsi rappelé les 18 textes qui, en trois ans, ont déjà donné un nouveau visage à la Curie.

Une organisation plus légère

Ainsi, sans toucher, pour l’instant, à l’architecture de Paul VI et Jean-Paul II, la différence entre congrégations – dotées d’un pouvoir de gouvernement – et les conseils pontificaux – dont la mission n’est justement que de conseiller – s’estompe peu à peu.

Le nombre de conseils pontificaux a fondu de 12 à 5, tandis que deux « dicastères », sans plus de précision mais aux compétences plus étendues, ont vu le jour : laïcs, famille et vie, en septembre, et service du développement humain intégral, né officiellement avant-hier.

Deux « secrétariats » ont aussi été créés, aux compétences plus transversales, les finances – principal point noir des pontificats précédents – et la communication.

Une instance pour contrôler les finances

Chargé d’accompagner et de surveiller les finances des dicastères, le Secrétariat pour l’économie vient ainsi pallier l’absence d’instance budgétaire centrale. En juin, pour éviter la création d’un « monstre » à la fois ordonnateur et contrôleur des dépenses, le pape est néanmoins revenu en arrière, redonnant à l’Administration du patrimoine du Siège apostolique la gestion directe des biens du Saint-Siège.

Quant à la Préfecture des affaires économiques, sans préfet depuis plus d’un an, ni secrétaire – condamné à de la prison ferme dans l’affaire des Vatileaks il a été libéré avant Noël et renvoyé dans son diocèse en Espagne – elle est appelée à disparaître.

Une rationalisation de la communication

Du côté de la communication, la réforme a abouti à la création du Secrétariat pour la communication. Reprenant les compétences de l’ancien Conseil pontifical pour les communications sociales, il y agrège la Salle de presse et les différents médias.

Un gros effort de rationalisation et de réduction des coûts est à l’œuvre qui, quoique nécessaire, ne va pas sans faire grincer des dents. À Radio Vatican, institution dotée jusque-là d’une vraie ligne éditoriale, les journalistes voient leur travail s’orienter vers la communication et s’inquiètent d’un Vatican trop lié aux grands groupes de l’Internet.

Un état d’esprit renouvelé

Mais au-delà des organigrammes, ce sont d’abord les manières de travailler que le pape entend réformer à la Curie. « Les réformes structurelles ou organisationnelles sont secondaires, expliquait-il dès le début de son pontificat. La première réforme doit être celle de la manière d’être. » « Pour lui, il est très clair que la réforme ne peut se résumer à un changement d’organisation mais passe par une conversion personnelle, pastorale et missionnaire », confirme un proche.

Ce sont ces critères que le pape a expliqués dans ses vœux à la Curie. Se basant sur la réflexion du C9, il a décrit une Curie plus flexible et travaillant dans un esprit beaucoup plus collectif.

Des façons de travailler à harmoniser

À ce titre, le rôle de coordination de la Secrétairerie d’État devrait être déterminant. Or, dans Pastor Bonus, cela n’a rien d’explicite, le texte précisant, au contraire, que « les dicastères sont juridiquement égaux entre eux ». Chacun garde donc jalousement son pré carré du regard des autres.

Et si certains ont pris l’habitude d’un véritable travail collectif – le cardinal Ratzinger avait impulsé à la Doctrine de la foi un vrai travail de réunion où chacun pouvait s’exprimer – d’autres n’ont pas réuni depuis plusieurs années les cardinaux et évêques du monde entier formant leur assemblée… Réformer la Curie est, décidément, un travail de Romain !

►A lire Le pape renouvelle la Congrégation pour le culte divin

NICOLAS SENÈZE (à Rome)
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