3e dimanche du temps ordinaire - Année A

Les non-ayants droit

3e dimanche du temps ordinaire: L'appel du Seigneur ouvre l'avenir pour celui qui l'accueille. Le P. Marcel Domergue commente l’Évangile de ce jour.

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On se souvient du choix de David comme futur roi d'Israël ; c'est le petit dernier, celui qui, semblait-il, ne comptait pas, qui est choisi. Même scénario pour les territoires de Zabulon et de Nephtali, la Galilée périphérique, région où se mélangent Israël et les nations. « De Galilée, il ne surgit pas de prophète », disent les grands prêtres et les pharisiens en Jean 7,52. Dieu intervient là où on ne l'attendait pas. Ce sont les "non-ayants droit" qui reçoivent sa visite, sont l'objet de sa préférence et se voient chargés de mission. C'était aussi ce qui s'était passé avec Jacob et Ésaü (Genèse 27). On pourrait citer bien d'autres textes, en particulier à propos de Joseph vendu par ses frères et de Moïse sauvé des eaux. Le choix de Pierre, Jacques et Jean, les premiers disciples, n'échappe pas à cette préférence de Dieu, surtout dans la version de Luc, où ces pêcheurs, se désintéressant de l'enseignement de Jésus, réparent leurs filets pendant que le peuple se presse autour de lui. Et Matthieu, le publicain ? Qui aurait cru que Jésus allait s'encombrer de ce personnage suspect ? Le choix de Dieu n'est pas une récompense pour la bonne conduite, la vertu, la compétence ou l'intelligence mais reproduit l'acte de création, qui part de zéro. Tout recommence. On peut verser à ce dossier la préférence de Jésus pour les enfants, démunis et dépendants, et la consigne de nous refaire enfants. Cela ira jusqu'à la nécessité de renaître, comme Jésus le dit à Nicodème en Jean 3. Ne comptons donc pas sur notre valeur ou nos qualités, mais sur la gratuité de l'amour qui nous fait être. Et, pour être images de Dieu, donc pour exister, allons nous aussi vers les plus démunis, vers ceux qui ne le méritent pas.

Tournés vers l'avenir

Il a déjà été question de cela dans le commentaire précédent. C'est que tout l'Évangile oriente notre regard vers le retour du Christ. Cela se vérifie en ses dernières lignes et se retrouve tout au long du récit. La dernière phrase du Nouveau Testament est : «Viens, Seigneur Jésus» (Apocalypse 22,20). Souvenons-nous, en particulier, de toutes les paraboles qui nous parlent de l'attente de la venue de l'époux ou du retour du maître. Dans notre évangile, nous voyons des hommes occupés à leur tâche habituelle : après la pêche, ils réparent leurs filets. La routine : les jours se suivent et se ressemblent. Voici que Jésus va leur ouvrir un univers nouveau. Il leur dit : «Venez à ma suite et je ferai de vous des pêcheurs d'hommes». «Je ferai…» : le verbe est au futur. « Suivez-moi » : pour aller où ? Il ne le leur dit pas. Et « pêcheurs d'hommes », qu'est-ce que cela peut signifier ? Au fond, ce qui compte, ce n'est pas où l'on va aller ni ce que l'on va faire, mais c'est d'être avec lui. Et ces hommes changent de vie. Ils laissent leur barque et leur père, c'est-à-dire leur passé ; leur origine et leur travail : ce qui leur a donné la vie et ce qui l'entretient. À la place, une route. Ils ne savent pas encore que la route, c'est Jésus lui-même (Jean 14,6). Il est à la fois le chemin et le terme de ce chemin : Jésus est à la fois en nous, dans notre marche et dans notre attente, et dans notre avenir, car c'est en lui que notre création sera achevée, quand nous le verrons tel qu'il est et que nous pourrons dès lors devenir son image (1 Jean 3,2). Le récit de l'appel des premiers disciples nous raconte à travers l'évocation d'événements passés ce qui se produit actuellement dans nos vies. Nous avons tous à tout laisser et à prendre la route avec le Christ. Maintenant et à l'heure de notre mort.

Père Marcel Domergue, jésuite.
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