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Les prêtres ont aussi un temps de travail - DESWARTE Michel

Les chrétiens pratiquants doivent comprendre que les prêtres ne peuvent pas être partout en même temps.

Paru le: mardi 19/01/1999 Journal « LA CROIX »

 

Bon nombre de chrétiens habituellement pratiquants supportent parfois assez mal que leur paroisse ne soit plus aujourd'hui qu'une composante d'une « nouvelle paroisse ». Ils n'ont plus de curé résident et, le dimanche, la messe a lieu à tour de rôle dans les diverses églises.

 

De même, ceux qui ont recours à la paroisse à l'occasion de célébrations familiales (baptêmes, mariages, funérailles) ne comprennent pas toujours que le prêtre regroupe les baptêmes dans une célébration communautaire et refuse les baptêmes individuels, qu'il ne préside plus toutes les funérailles ou n'y célèbre plus l'eucharistie, etc. On peut ajouter encore d'autres doléances.

 

Si je comprends bien ceux qui comprennent mal, il faudrait que les prêtres, ceux qui survivent à la pénurie, volent sans cesse à droite et à gauche pour faire face aux divers services « à la demande » qu'on attend d'eux. Les prêtres seraient-ils devenus paresseux ou ne croiraient-ils plus à l'eucharistie et à l'importance de leur ministère ?

 

Il faut essayer de s'expliquer. Certes, le prêtre donne sa vie au service de ses frères et au service de Dieu. Mais quelle est la qualité de ce service ?

 

Aujourd'hui encore plus qu'hier, ce service exige du prêtre qu'il soit en phase avec le peuple qui lui est confié, où se rencontrent tous les âges, diverses conditions sociales, diverses cultures. Sinon, quel impact aura-t-il réellement sur la vie ?

 

Le prêtre, même préparé à sa mission, a besoin _ comme tout le monde aujourd'hui _ d'une formation permanente et polyvalente. Car le monde évolue à une vitesse grand V. Il a le devoir de s'informer en permanence de tout ce qui concerne la vie des hommes et le service d'Eglise. Et tout cela en essayant de prévoir l'avenir et de le préparer. Si des laïcs prennent de plus en plus de responsabilités dans les paroisses, le prêtre doit être capable de les y aider par une formation adaptée. Ajoutons à ce tableau que, généralement, le prêtre a d'autres charges que celle de la paroisse. Des charges pastorales diocésaines ou caritatives voire sociales.

 

Tout cela lui demande du temps : il doit pouvoir prier (oui, prier pour son peuple, prier pour se ressourcer en Dieu : c'est important !), mais aussi lire, participer à des sessions. Il lui faut aussi, comme tout le monde, équilibrer sa vie, s'aérer, voire pratiquer un sport. Ce n'est pas là soustraire du temps à son ministère, c'est simplement gérer son temps au mieux et dans l'intérêt à long terme du peuple qui lui est confié.

 

Les hommes d'aujourd'hui doivent pouvoir compter sur leurs prêtres, même moins nombreux, mais sans les user jusqu'à la corde. « Dieu veut qu'on travaille, non qu'on se surmène », disait un jour un sage. Que les prêtres soient dévoués, d'accord, mais à quoi bon s'ils sont dépassés ? Ils sont bien au-delà des 35 ou des 39 heures ! Il ne faut pas seulement prendre en compte la quantité des services qu'ils assurent mais aussi la qualité. Sinon, quel serait l'avenir de l'Evangile dans les années de « vaches maigres » qui s'annoncent ?

Tribune des lecteurs

Ce qui me fait réfléchir quand on annonce à des chrétiens qu'ils n'auront plus de prêtre résident, c'est la question qu'ils posent tout de suite : « Alors, qui va célébrer la messe dimanche prochain ? » C'est une bonne question. Elle est même mieux posée qu'autrefois, ce temps où le prêtre « disait » la messe, même disait « sa » messe. Le peuple a besoin de prêtres pour célébrer l'eucharistie. Mais là je me demande tout de même quelle image du prêtre trotte dans la tête de nos contemporains. Le prêtre est-il seulement et avant tout l'homme des célébrations, des offices, des sacrements ?

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Pendant onze années de mon ministère je n'ai pas été affecté à une paroisse et j'ai assez peu administré des sacrements. Mais j'ai accompagné des jeunes et des adultes dans leurs responsabilités de chrétiens dans leur milieu. Je n'ai jamais eu l'impression, pendant ces années-là, d'un sacerdoce « au rabais ». Et je pense à l'appel du Christ adressé à ses premiers disciples, et que j'ai reçu moi aussi : « Suis-moi ! »

Le suivre, c'est quoi ? N'est-ce pas prolonger ce qu'il a fait ? Quand on lit l'Evangile en essayant d'oublier tous les commentaires qu'on en a faits et que je ne critique pas, on y découvre quoi ? Un homme extraordinaire qui s'est affirmé Fils de Dieu, qui s'est fait « naturaliser » dans l'humanité, qui a vécu une vie simple au milieu d'un petit peuple, qui a eu de multiples contacts avec toutes sortes de gens, qui a été attentif à leurs questions, à leurs problèmes, et qui y a répondu avec un sens de la vie révélateur de Dieu. Il n'a « célébré » l'eucharistie qu'au dernier moment. Le prêtre n'est-il pas trop devenu l'homme de l'Eglise-institution, consacré à des services bien typés, absorbé par ces services ? Suivre Jésus, ne serait-ce pas, comme lui, partager davantage les questions des hommes et essayer d'y répondre avec eux ?

Je lis parfois avec peine dans les sondages que des jeunes ou des adultes « en recherche de sens » ne se tournent plus vers les « Eglises ». Pourtant à Taizé et aux JMJ par exemple, c'est bien l'Eglise du Christ que rencontrent des foules de jeunes.

Comment faire apparaître un visage de l'Eglise proche d'eux ? Comment leur faire découvrir que le prêtre est Jésus-Christ continué ? Un Jésus qui a écouté et évangélisé plus qu'il n'a célébré ? Un autre saint Paul qui se déclarait envoyé « non pour baptiser, mais pour évangéliser », refusant déjà de se laisser absorber par la fonction sacramentelle ?

Michel DESWARTE

Suivre Jésus,

ne serait-ce pas partager davantage les questions des hommes ?

http://www.la-croix.com/Archives/1998-10-03/Tribune-des-lecteurs-_NP_-1998-10-03-437206

 

Tag(s) : #Témoignages