Noël

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Pour François d'Assise, l'incarnation dans un nouveau-né, c'est l'Amour divin qui se fait petit pour grandir l'homme. Publié le 19 décembre 2016.

Ritratto originale del Cimabue di San Francesco all'interno del Sacro Convento di S. Francesco ad Assisi  © ANSA/ALESSANDRO DI MEO

Depuis que le Christ de l'église de Saint Damien lui a "brûlé " le cœur, lui faisant prendre davantage conscience que l'Amour divin a pris visage d'homme, des yeux pour nous regarder, une bouche pour nous parler, et des mains pour nous toucher, saint François a un sens aigu de l'incarnation. Les deux étapes extrêmes de l'incarnation du Christ, sa naissance et sa mort, occupent souvent ses méditations et sa prière. Il passe des heures à contempler l'humilité de ce Dieu - enfant - de Bethléem et l'amour de ce Dieu-méprisé-flagellé-crucifié. Cette incarnation était pour lui si essentielle qu'il l'a placée au coeur de sa Règle.

La fragilité d'un nouveau-né

Il "voit" le Christ, l'envoyé du Père, quitter la Gloire pour venir chez nous. François a saisi que Dieu révèle sa grandeur dans l'humilité des signes : la fragilité d'un nouveau - né, un morceau de pain à partager, un homme brisé sur une croix... Il ne rêve plus d'une Église "triomphante" car il sait que Dieu "vient" à travers la précarité de nos vies et l'humilité de nos actes. Et sa manière de concevoir sa mission et celle de ses frères jaillira de cette incarnation de l'Amour, de cet abaissement , libre, volontaire de Dieu qui, en Jésus, vient cheminer sur nos routes humaines.

L'amour qui se fait "petit "pour "grandir" l'homme

Pour François, annoncer l’Évangile, ce n'est pas d'abord prêcher une doctrine ou établir une structure, mais participer à ce mouvement permanent de l'Amour qui s'incarne pour libérer les hommes, de l'amour qui se fait "petit" pour "grandir "l'homme, qui s'humanise pour diviniser l'homme. Dans sa rumination de l’Évangile, il découvre que la mission de Jésus-Christ revêt trois modalités essentielles :

- pendant trente ans, Jésus est une présence  silencieuse et laborieuse parmi les hommes. C'est tout le mystère de l'enfouissement à Nazareth.
- pendant trois ans, Jésus est une manifestation publique, en signes et en paroles, du Royaume de son Père, sur les routes de Palestine.
- pendant trois jours, Jésus est un don total de lui-même jusqu'au sang versé.

Trente ans, trois ans, trois jours. Telles sont les modalités de sa mission. Trois modalités que les chrétiens doivent revivre, plus ou moins, selon les appels de l'Esprit, les évènements et les âges de la vie. François a si bien saisi ce mystère de l'unité de l'incarnation qu'il ne dissocie jamais ces trois dimensions de l'annonce de l’Évangile et qu'il envisage explicitement dans sa Règle la mission de ses frères sous ces trois modalités.

"Les frères qui s'en vont (en mission) peuvent envisager leur rôle spirituel de deux manières : ou bien ne faire ni procès, ni disputes, être soumis à toute créature humaine à cause de Dieu et confesser simplement  qu'ils sont chrétiens ; ou bien, s'ils voient que telle est la volonté de Dieu, annoncer la Parole de Dieu afin que les païens croient au Dieu tout puissant, Père, Fils et saint-Esprit..." ( 1ère Règle 16,5-10)

Dans le silence du quotidien de l'homme

François envisage donc comme "annonce de l’Évangile " une certaine manière de vivre sa foi dans la banalité du quotidien, dans le prolongement du mystère de la vie du Christ à Nazareth. Lui, l'envoyé du Père, le "missionnaire" par excellence, venu pour nous révéler une incroyable Bonne Nouvelle, venu pour nous sauver de nos impasses, venu pour allumer le feu de l'amour sur notre terre, commence par passer trente ans sur trente-trois ans  de sa vie terrestre en vivant dans le silence du quotidien  de l'homme.

C'est ainsi que Dieu se hâte ! Son époque ne manquait pourtant pas de menuisiers! C'est le mystère de la proximité étonnante de Dieu qui s'infiltre en douceur dans la trame des gestes simples et des relations humaines : vie de famille avec ses joies et ses servitudes, visite aux voisins, participation aux fêtes et aux deuils du village, présence aux aux évènements petits et grands, participation aux prières à la synagogue, au pèlerinage annuel de Jérusalem...

Une proximité si grande ...

Cette proximité est si grande que, le jour où Jésus commence son ministère public et manifeste sa divinité, son entourage en est profondément choqué : "N'est-ce pas le fils du charpentier?" François comprend que la révélation du Royaume de Dieu, celui de l'amour sauveur, n'est pas une réalité qui "se démontre" mais qui se "montre" à travers nos gestes et nos relations humaines. Il ne s'agit pas tant de "parler" du Royaume que d'en vivre. Dans sa Règle, François envisage aussi la vie itinérante apostolique des frères, l'annonce publique et explicite de la Bonne Nouvelle. Mais pour lui, la vie même de l'apôtre est toujours la première parole vivante du Royaume

Enfin François termine son chapitre sur la mission en disant : "Tous les frères, ou qu'ils soient, se rappelleront qu'ils se sont donnés à Notre Seigneur Jésus-Christ, et que, pour son amour, ils doivent affronter les ennemis, tant visibles qu'invisibles".

François, le futur stigmatisé, associé à la Passion de son seigneur, sait que la mission est aussi un immense labeur de rédemption. Toute vie chrétienne - quelle que soit la modalité de sa mission - participe nécessairement à la Pâque du Christ. Les difficultés et les épreuves rencontrées ne sont  de regrettables obstacles à notre mission, mais en font partie. 

Être chrétien, c'est incarner l'amour du Christ qui donne sans réserve à ses frères, revivre ses actes sauveurs. Jésus aime et sauve le monde aussi bien à Nazareth, sur les routes de Palestine, que sur la croix. C'est l'amour qui fait l'unité de sa vie. Seul l'amour vécu est libérateur, missionnaire et unifie la vie du chrétien.

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