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 33e dimanche du temps ordinaire - Année C  -  Père Domergue - CROIRE -

Un monde chaotique

33e dimanche du temps ordinaire. Jésus annonce que la violence se déchaînera contre ceux qui viennent proposer - non imposer - la paix. Un commentaire du Père Domergue, sj

Lisant les évangiles, attentifs à l'enseignement de Jésus tel qu'il peut nous parler aujourd'hui, nous sous-estimons facilement le contexte social et politique dans lequel le Christ a vécu. La fin d'un monde. Partout des mouvements contestataires, des groupes armés, de la violence, mais aussi des gens fuyant ce monde pourri pour se réfugier dans la solitude, comme les " ermites " de Qumrân. Les évangiles portent d'ailleurs la trace de cette effervescence: Simon, disciple de Jésus, est un ancien " zélote ", terroriste si l'on veut. Barabbas, libéré lors du procès du Christ, a été emprisonné pour meurtre au cours d'une émeute. Actes 5,36-37 cite deux soulèvements. Ce pays tumultueux n'en peut plus de l'occupation romaine, de ses exactions fiscales, de ses complices. Tout se terminera par la " guerre juive ", autour de l'an 70, avec la destruction du temple et la dispersion du peuple. La " paix romaine " n'a pas eu de succès en Israël. Partout règne la violence, tandis que les juifs fidèles cherchent à sauvegarder leur identité par une observance renforcée des prescriptions de la Loi. C'est dans ce contexte que Jésus prend la parole. On notera dans la description qui vient d'être faite quelques points de ressemblance avec ce qui se passe aujourd'hui dans notre monde. Aujourd'hui seulement?

 

Au-delà des frontières du temps et de l'espace

 

On remarque tout de suite que Jésus, s'il prend appui sur ce qu'il constate dans son pays, élargit tout de suite l'horizon. Quand il dit: " On se dressera nation contre nation, royaume contre royaume ", il sort évidemment du cas particulier d'Israël. De même, les catastrophes cosmiques qu'il énumère (tremblements de terre etc.) sont de tous les temps et de tous les lieux. Loin d'annoncer un " millénarisme ", c'est-à-dire, à la fin des temps, une période de paix totale entre les hommes et un accord parfait avec la nature, il prévoit une aggravation des conflits au fil de l'histoire. Il ne s'agit pas là d'une disposition divine, d'un " décret de la Providence ": n'oublions pas que l'univers est confié aux hommes, qu'il nous revient de domestiquer, d'humaniser et la nature et nos relations mutuelles. Les deux sont liés et on peut se demander si nous pourrons maîtriser " la famine et la peste " sans en finir d'abord avec nos conflits de tous ordres: seule l'humanité une pourrait prendre le pouvoir sur ce qui nous agresse. Mais Jésus annonce que la violence se déchaînera contre ceux qui viennent proposer - non imposer - la paix. Jésus envoie ses disciples " comme des brebis au milieu des loups " et lui-même sera " l'agneau " sans défense, livré à la cruauté des hommes. Certes, il est arrivé que des chrétiens " prennent les armes ", et pas seulement au temps des croisades, mais alors ils étaient en contradiction avec le Christ et son message.

 

À la fin, la vie

 

Curieux, le début de notre évangile : il y est question de la destruction du Temple; les disciples demandent quand cela se produira; au lieu de répondre à la question, Jésus a l'air de bifurquer vers une énumération de catastrophes qui ne peuvent se dater car elles sont de tous les temps. Quel rapport avec le Temple? C'est que le Temple est vu comme l'habitation de Dieu parmi les hommes, le lieu où l'on peut le rencontrer. Il est vrai qu'il faut que le Temple soit détruit pour que ce qu'il représente trouve son vrai lieu: l'univers entier (voir Jean 4,19-24). Seulement, le lien établi par notre évangile entre la destruction du temple et le paroxysme de la violence montre qu'avec la destruction du Temple commence l'évacuation de Dieu, son rejet hors de l'humanité. Inévitablement, nous pensons au Christ crucifié "hors du camp", rejeté du monde des hommes. À y regarder de près, notre texte revêt bien une structure pascale. En Jean 2, parlant de son propre corps, Jésus ne dit-il pas: "détruisez ce Temple, je le rebâtirai en trois jours" ? La crucifixion de Jésus signale bien la fin d'un monde ou, si l'on préfère, le commencement de la fin d'un monde. "Un monde nouveau est là". Il se construit sur les ruines de celui que nous sommes en train de détruire. C'est pourquoi, comme la geste pascale du Christ, notre texte se termine par l'annonce de la victoire de la vie.

http://croire.la-croix.com/Textes-du-dimanche/2016/33e-dimanche-ordinaire-dimanche-13-novembre-2016/Un-monde-chaotique

Un monde divisé

33e dimanche du temps ordinaire. Le Christ se trouve là où nous sommes ; il est là en toute douleur humaine. C'est pour cela que l'on ne peut annoncer une date pour la fin commente le P. Domergue sj

Dans l'évangile lu aujourd'hui, Jésus présente ces conflits comme les préludes et les prophéties d'un effondrement final. Il n'est pas nécessaire de les conjuguer au futur : il suffit d'ouvrir le journal pour constater leur omniprésence. Jésus fait ici une description plutôt qu'une prophétie. Force-t-il le tableau quand il voit ces hostilités à l'oeuvre même au sein des familles ? Là encore nous pourrions trouver beaucoup d'exemples dans notre univers. Au fond, tout cela exprime et matérialise notre rancune vis-à-vis de ce qui nous fonde, nous fait être et que nous appelons Dieu. Tout se passe comme si nous transportions à l'extérieur de nous-mêmes, le faisant porter sur d'autres, le refus d'être ce que nous sommes. Traductions multiples de l'ambition déçue de ne pas être comme des dieux (Genèse 3,5). Tout se passe comme si notre drame intérieur prenait forme visible dans le monde. Remarquons que Jésus met en perspective tous les maux qui affectent les hommes : guerres, catastrophes naturelles, maladies, pénuries, persécutions. Il s'agit toujours en effet du drame de notre fragilité, cette fragilité que nous voudrions effacer parce qu'elle nous fait peur.

Le Temple détruit
 
 Jésus ne dit pas quelle est l'origine de tous ces maux que nous avons à subir. Ne pensons pas trop vite qu'il s'agit là de châtiments infligés par Dieu aux pécheurs que nous sommes. Certains textes le disent mais, paradoxalement, c'est pour nous rassurer : Dieu n'est pas absent de nos malheurs, nous ne sommes pas soumis aux caprices de l'absurde, cela a un sens. Et si cela a un sens, cela va quelque part. Dieu, notre source, est donc impliqué mais plutôt à titre de victime que de justicier. N'est-ce pas, en fin de compte, ce que nous révèle la Croix ? Toutes les catastrophes énumérées sont symbolisées ici par la destruction du Temple, thème qui ouvre notre lecture. C'est que le Temple est la figure, la matérialisation de la présence de Dieu sur la terre. Il est l'habitation qu'il a choisie. C'est pourquoi tous les maux que nous subissons, tous ceux que nous provoquons sont l'expression de nos tentatives  pour chasser Dieu, pour chasser l'amour, de notre univers. Encore une fois, nous retrouvons le Christ. N'avons-nous pas détruit le temple de son corps ? Ne crions pas trop vite à la métaphore : Jésus est la vraie demeure de Dieu sur la terre, le lieu de la présence divine dont le Temple n'était que la figure annonciatrice (voir Jean 2,22-24). C'est pourquoi Matthieu et Marc écrivent qu'à l'heure où Jésus meurt, le rideau du Temple se déchire. Et, comme dans notre texte, la terre tremble.

La fin pour aujourd'hui
 
 Le Temple et le Christ déchirés, Dieu va-t-il être jeté hors du monde ? Au contraire, le voile déchiré et le côté ouvert vont révéler aux hommes le mystère qui se cachait et en même temps se signifiait en eux : le mystère d'un amour qui dépasse et utilise tout ce qui voudrait le détruire. C'est pourquoi, en Matthieu, la terre tremble, les rochers se fendent, les tombeaux s'ouvrent. La victoire de ce qui tue devient la victoire de ce qui fait vivre. Il fallait que le tombeau se ferme sur le Christ pour qu'il puisse s'ouvrir pour nous. Un soleil se lève (1re lecture). Soleil brûlant nos vices, illuminant nos ténèbres ; « soleil de justice apportant la guérison dans son rayonnement. » N'allons pas croire ceux qui nous disent « c'est moi » ou « il est ici…il est là… » Le Christ se trouve là où nous sommes ; il est là en toute douleur humaine. C'est pour cela que l'on ne peut annoncer une date pour la fin. La fin est toujours là et nous surplombe. Un jour, pour nous aussi, le voile se déchirera et nous nous découvrirons là où nous n'avons jamais cessé d'être, dans l'amour qui nous fait être, nous porte et nous fait traverser nos abîmes. Pour parvenir à ce terme qui est déjà là, mais échappe encore à nos prises, il nous faut perdre tous les appuis sur lesquels nous pensons pouvoir

La source de la violence

33e dimanche du temps ordinaire. Les artisans de paix seront toujours combattus. Le P. Domergue, jésuite,  l'explique ici

Pourquoi l'union finale du rassemblement de l'humanité dans l'amour est-elle précédée par son contraire, la division généralisée ? Remarquons d'abord que si le Royaume de Dieu, ce règne de l'amour, n'existe pour nous qu'à titre de promesse, par contre nous faisons chaque jour l'expérience de catastrophes apocalyptiques ; il suffit d'ouvrir les journaux pour s'en convaincre. Jésus, à première vue, annonce, dans un style imagé, ces malheurs comme s'ils frappaient l'humanité en venant d'ailleurs, de façon arbitraire. En réalité ils ne sont pas envoyés par Dieu ; ils sont le fruit des comportements de la liberté humaine dans nos relations mutuelles et dans nos manières de dominer la nature, cette création remise entre les mains de l'homme dès le commencement. En ce qui concerne nos conflits, constatons qu'il y a en nous un vertige de la violence, qui provient en fin de compte de la peur qui est le contraire de la foi. Peur de ne pas assez exister, de ne pas trouver sa place. Tentative de se rassurer sur soi-même en cherchant à être le premier, le meilleur. Volonté de domination qui revient à l'ambition d'occuper la place de Dieu, même inconsciemment. Telle est la tentation que Genèse 3 met à la source du malheur de l'homme. Il n'y a pas d'union possible quand chacun nourrit l'ambition de dominer. C'est ce règne de la peur égoïste que vient remplacer le Règne de l'amour qui, loin de détruire, crée.

Vers la guerre déclarée aux artisans de paix

L'Apocalypse est donc actuelle. Elle est de toujours et de partout. Et sans cesse s'établit le Royaume de Dieu. « Les temps sont accomplis », a dit Jésus. Déjà là, le Royaume est pourtant constamment à rétablir. Il dépend en effet de l'accueil de notre liberté, une liberté changeante, capricieuse jusqu'à l'heure de notre mort. Parvenant à la fin de son temps, chacun se voit pour ainsi dire transporté à la fin des temps, au seuil du Royaume. Pourtant, nous pouvons déjà faire exister ce Royaume sur terre. Les auteurs spirituels, non sans quelques excès, ont souvent parlé de « mourir à soi-même ». Traduisons : passer du culte de soi-même au culte de cet Autre qui vient nous rencontrer en tous les autres. Bref, le Royaume de Dieu est là dès qu'un homme se comporte avec bienveillance vis-à-vis d'un autre, familier ou étranger. L'accueil de l'autre est accueil de Dieu. C'est justement cet accueil bienveillant des autres qui fait difficulté. Nous avons en effet peur de nous perdre, de nous oublier et nous nous mettons instinctivement en posture de défense. Nous voici alors au seuil de la violence. Refuser d'entendre l'autre, détourner son regard, vouloir l'ignorer, c'est déjà le supprimer, l'éliminer de notre univers. Mais si vous vous mettez à « prêcher » la paix, la confiance, l'accueil bienveillant des autres, le don de soi mutuel, vous serez pris pour un rêveur, un utopiste. Vous serez ignoré ou méprisé, voire même considéré comme un ennemi à supprimer.

Tenez bon !

Le P. Christian blanc aa, le pense : il faut Laisser à Dieu le soin de déterminer le moment de maturité de l’humanité devenue enfin capable d’accueillir le Fils de l’homme (Luc 21, 27) dans sa pleine manifestation.

Les événements malheureux du monde, les difficultés innombrables pour parvenir à s’entendre entre peuples et aussi d’individu à individu, nous incitent souvent à penser que la fin du monde est toute proche ; qu’un cataclysme planétaire éclatera bientôt et anéantira cette terre sur laquelle la vie n’est plus possible ! Trop de mal, trop de méchanceté, trop d’exploitation de l’homme par l’homme, trop de maladies découragent et amènent à penser qu’à moins de repartir à zéro, plus rien n’est possible pour changer radicalement une situation complètement dépravée. « C’est la fin du monde » : l’expression fait partie de notre vocabulaire, elle occupe notre champ de conscience car « ça ne peut plus durer comme ça ». Et pourtant l’humanité poursuit sa route et les générations meurent remplacées par d’autres qui refont la même expérience puis disparaissent à leur tour sans connaître non plus ce phénomène unique que sera la « fin du monde ». Ne faut-il pas alors se faire une raison, la fin du monde ne vient pas !

Pourquoi ?

N’est-ce pas que d’abord l’humanité doit s’accepter elle-même et faire son unité !

Oui l’humanité doit s’accepter elle-même et poursuivre la lutte contre son propre mal au lieu de souhaiter un déluge qui soi-disant remettrait les choses en place ou un effondrement généralisé qui pulvériserait le monde. L’humanité doit s’accepter elle-même malgré les situations de conflits quasi insurmontables ou l’effondrement de ce en quoi on avait mis notre espoir. L’humanité doit marcher vers elle-même aussi dur que soit le combat sans baisser les bras.

N’est-ce pas là une idée évangélique ?

Aux gens qui admirent l’intérieur du temple mais à qui il en prédit la chute, Jésus ne répète-t-il pas : tenez bon ? « Ne vous effrayez pas… » (Luc 21, 9) « C’est par votre constance que vous sauverez votre vie » (Luc 21, 19) Ne vous laissez pas accabler, ne vous laissez pas abuser. Dans les situations catastrophiques, des prophètes improvisés donnent leur lecture des événements et préconisent leurs remèdes, mais ne les écoutez pas. L’humanité en marche vers elle-même, trime, certes durement, pour trouver un point d’entente mais il est impossible d’échapper à l’exigence d’être ensemble et de s’accepter les uns les autres. Le chemin de la rencontre des hommes entre eux, jalonné de cadavres reste le chemin obligé même s’il sera encore parsemés de bien des misères. Les hommes se rejettent : depuis l’individu face à un autre individu jusqu’aux nations « qui se dresseront les unes contre les autres » (Luc 21, 10) «  Mais lorsque vous entendrez parler de guerre et de désordres ne vous effrayez pas; car il faut que cela arrive d’abord, mais ce ne sera pas de sitôt la fin » (Luc 21, 9)

Ne vous effrayez pas il faut que cela arrive d’abord !

Car l’humanité, redisons-le, est appelée (vocation) à faire son unité. Malgré un parcours déjà chargé de haine et de violence la route reste à parcourir même si éclateront encore bien des conflits ! Mais l’unité, la fraternité, la liberté ne sont-ils pas le but visé par tous les vœux et discours politiques ou autres ?

Faire l’unité du genre humain ?

Tenez bon !

Laissez à Dieu le soin de déterminer le moment de maturité de l’humanité devenue enfin capable d’accueillir le Fils de l’homme (Luc 21, 27) dans sa pleine manifestation.

Tenez bon !

Vous avez reçu l’enseignement du Christ, vous êtes devenus disciples par le don de la foi, restez fidèles à son projet de salut : le rassemblement dans l’unité des enfants de Dieu dispersés. Ne vous laissez pas abuser par les défaitistes, les sectaires ceux qui invitent à baisser les bras ou ceux qui veulent former de petits groupes de purs pour jouir à l’écart, de leur sentiment (faux) d’être les vrais élus dans un monde de damnés. Ne les écoutez pas ! Restez fidèles au Christ qui fut broyé par la haine sans se départir de son engagement pour le service et l’unité de tous les hommes. Prenez en lui votre modèle pour engager votre vie dans un monde en furie car l’humanité doit se réconcilier avec elle-même. Et les disciples du Christ ne seraient-ils pas les témoins efficaces de cette réconciliation ?

Gardons en vue le but : l’humanité réconciliée.

Payons le prix de l’unité au milieu des massacres du monde.

Et puisque le Christ le dit :

Tenez bon !

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